Salah Laouar, président du Syndicat des médecins généralistes :  «Le tabac contient plus de 4.000 substances toxiques»

La lutte contre le tabagisme doit se faire en continue, durant toute l’année, soutient le président du Syndicat national des médecins généralistes (SNMG), Salah Laouar, qui préconise de sanctionner les fumeurs dans les lieux publics.

Quels sont les risques encourus par les consommateurs de tabac?
Le tabac constitue un agent et un facteur de risque à l’origine de multiples pathologies touchant l’ensemble des organes. Il est ainsi question, à titre d’exemple, des cancers broncho-pulmonaires, de la vessie, de la broncho-pneumopathie chronique obstructive(BPCO), de l’affaiblissement immunitaire, de la dégénérescence musculaire liée à l’âge, de l’augmentation des risques des accidents vasculaires cérébraux, de l’infertilité, de l’augmentation de l’incidence des maladies oculaires et notamment la cataracte. Le tabac est aussi responsable dans la survenue des cancers des voies aérodigestives, notamment du larynx et de l’œsophage. Il faut savoir que le tabac contient plus de 4.000 substances toxiques très nocives pour l’homme et cette nocivité est manifeste quelle que soit la forme du tabac : fumé, chiqué et même la chicha. Dans ce cadre, il y a nécessité à savoir que le cancer broncho-pulmonaire est évitable si l’on s’éloigne du tabac. La dépendance compte aussi parmi les autres méfaits du tabac. Et la dépendance vis-à-vis du tabac est supérieure à la dépendance générée par le cannabis, ce qui est à l’origine de difficultés pour ceux qui souhaitent arrêter la cigarette.
Il y a aussi le fait que le tabac est consommé à un âge de plus en plus précoce…
Actuellement en Algérie, nous avons une importante proportion d’enfants et de plus en plus de femmes et de jeunes filles qui fument. Les différentes enquêtes épidémiologiques démontrent que la consommation de tabac est répandue parmi les femmes avec des proportions inquiétantes. Dans ce cadre, il y a lieu de noter qu’il y a une relation de cause à effet liée par l’implication du tabac dans la genèse des cancers, des maladies cardiovasculaires et métaboliques et une diminution de l’immunité. A ce propos, il y a lieu de préciser que le tabagisme passif est aussi nocif que le tabagisme actif.
Quelles sont les mesures à prendre pour lutter contre le tabagisme?
Il faut en premier lieu sortir des campagnes de sensibilisation qui ont lieu une seule fois dans l’année. La lutte contre le tabagisme doit passer impérativement par l’implication de tout un chacun pour de meilleures actions de sensibilisation : le personnel de santé, les médias, la société civile, les acteurs sportifs, artistiques et scientifiques. Toute personne ayant pignon sur rue devrait s’impliquer dans cette lutte en délivrant un message aux jeunes pour les empêcher d’aller à la première cigarette. La lutte contre le tabac passe aussi par des actions continues durant toute l’année. Mais le problème lié à la lutte contre le tabac en Algérie est que la loi n’est pas appliquée, alors qu’il y a nécessité d’appliquer des lois répressives pour dissuader de sa consommation. Il y a lieu d’interdire et de réprimer toute consommation de tabac dans les écoles et dans les établissements de santé.
La consommation augmente en dépit de l’augmentation du prix du tabac…
C’est lié aux lobbies du tabac qui mettent beaucoup de moyens et d’argent pour inciter les gens à fumer. Il y a lieu également de lutter contre le commerce transfrontalier du tabac qui appelle à une collaboration internationale
Entretien réalisé par Fatma Zohra Hakem