Saliha Khelifi, artiste peintre : Allumer des lettres pour éteindre le feu de la discorde

Saliha Khelifi est une ex-enseignante de langue arabe et professeur de dessin. Fille d’un imam dans la région d’Akbou, dans la wilaya de Bejaïa, elle garde en mémoire les atrocités du colonialisme.

«Je me souviens, malgré mon jeune âge à l’époque, des bombardements  des villages» affirme-t-elle. «Je vois encore mon père qui se brûle les mains en tentant de sauver ses manuscrits dévorés par les flammes», ajoute-t-elle. A l’indépendance, elle quitte avec sa famille la Kabylie pour s’installer à La Casbah d’Alger. A l’école, Saliha Khelifi souffrait d’une écriture médiocre et subissait souvent les remontrances de ses enseignants. De ses deux traumatismes (Une mauvaise écriture et le feu des bombes), elle développe une calligraphie qu’elle intitule «Al Khat Al lahibi» (La calligraphie de feu). Un style d’écriture qui consiste à terminer les lettre par une flamme. «Le feu de mon écriture ne symbolise pas uniquement celui de mes souvenirs, mais aussi le feu qui consume l’humanité et ses valeurs et toutes les guerres qui ravagent notre planète», soutient l’artiste. Elle enregistre ses première œuvres en 1986 à l’Officie national des droits d’auteurs et droits voisins (Onda) et, depuis, elle ne cesse d’allumer les lettres pour éteindre le feu de la discorde.
Initiatrice de l’école « Al Lahibia», au niveau national et international», elle ne cesse de prôner, à travers ses travaux, la paix, la tolérance, la fraternité, l’honneur et autres valeurs qu’elle estime en déperdition. «Mon art dénonce les injustices et les dépassements que connait l’humanité, et exprime toutes mes craintes d’un avenir sombre pour le genre humain» assène-t-elle.
Si Saliha Khelifi  a choisit tout d’abord de s’exprimer en caractères arabes, elle adopte également le caractère latin pour toucher un public plus large et diffuser son message à l’étranger. Chose qu’elle fait à travers des expositions au Canada, plusieurs fois en France, en Italie, en Norvège, en Russie et autres. En arabe elle expose plusieurs fois aussi dans les pays du Golfe. Ces œuvres sont souvent accompagnées de textes qui expliquent leur sens et des énigmes, qui appellent à la réflexion,  dont la clé est le tableau lui même. Egalement psychopédagogue, en plus de ses peintures,  l’artiste tient aussi des conférences durant lesquelles elle explique sa démarche artistique et tente de transmettre ses préoccupations et partager avec son auditoire son attachement aux valeurs ancestrales. Poétesse aussi, elle déclame des poèmes, dans les trois langues qu’elle maîtrise, l’arabe, le français et tamazight,  où l’amour, la tolérance et le vivre ensemble tiennent une place proéminente.
Saliha Khelifi compte actuellement plus de 1200 œuvres qui forment une exposition en expansion continuelle, mais refuse de vendre ses créations. « Mes toiles se complètent et je ne peux me résigner à les vendre. « On ne peut pas vendre le respect, l’entente, l’amour, le dialogue, le pardon, la solidarité, la fraternité, la paix, la justice… », déclare l’artiste. «Mes œuvre symbolisent des valeurs, et les vendre  serait pour moi un sacrilège», ajoute-t-elle.
Saliha Khelifi nous confie qu’elle souffre actuellement de manque d’espace pour exposer ses œuvres. «Elles sont entreposées dans une pièce et risquent de subir des dégradations» déclare-t-elle. «Je souhaite que les autorités prennent en charge mon travail et m’offre un lieu où je pourrais les exposer et en faire profiter  mes concitoyens » conclut-elle.
Hakim Metref