Salon international de l’artisanat : Un voyage entre traditions et modernité

Le Salon international de l’artisanat traditionnel (Siat), qui se déroule jusqu’au 2 décembre, aux Halls C et G du palais des expositions d’Alger (Safex), offre aux visiteurs un éventail de la production traditionnelle algérienne et étrangère.
Occupant les halls Casbah et Gourara, des centaines d’artisans présentent leurs plus belles créations et font preuve d’inventivité. Attachés aux savoir-faire ancestraux ou revisitant des techniques millénaires, mêlant le  moderne au traditionnel, chacun apporte une touche personnelle à son travail manuel. Orfèvrerie, dinanderie, enluminure, bijoux en argent, coraux… toutes ces matières nobles et de métaux précieux brillent.
S’agissant de corail, la commune d’El Kala, dans la wilaya El Tarf, se distingue. Hichem Rahmouni, artisan dans la fabrication de corail traditionnel en sa qualité de représentant de l’entreprise «RedCoral», se targue de «l’origine, à 100 % algérienne des produits qu’ils s’agissent de  la matière première ou de la main d’œuvre». La pêche au corail étant interdite, il explique que celle-ci sera bientôt encadrée avec l’application des textes de loi. «Pour le moment, je me procure le corail saisi par les Douanes et revendu aux enchères», précise-t-il. Soutenant  que le corail d’El Kala est «le meilleur en Algérie, en Afrique et dans le monde», il souligne que son calibre, sa qualité et sa couleur rouge écarlate font sa renommée à l’international.
Utilisé pour la fabrication de bijoux traditionnels berbères, le corail est également proposé sur des modèles «plus modernes, plus simples, avec de l’argent ou de l’or, sur commande afin que toutes les catégories de la société puissent s’en offrir», confie l’artisan.
Préserver les métiers
Participant aux salons nationaux et internationaux afin de valoriser le produit algérien, ce passionné dit avoir hérité le métier de son père qui l’avait reçu de son géniteur. Il relève enfin que «RedCoral » fait travailler et forme des jeunes pour assurer la relève». Venus des quatre coins du pays, les artisans s’attellent à mettre à l’honneur leurs régions et traditions.
Proposant des tenues traditionnelles de la wilaya de Touggourt, faites main à partir de lin, Amira el Zohra expliquent que la couture à la main et la broderie ont longtemps été transmises de génération en génération. «Cela perdure depuis longtemps. Mes ancêtres  ont appris chez les Sœurs avant d’enseigner aux jeunes filles à l’école et aujourd’hui dans tous les foyers on sait coudre», renchérit-elle. Néanmoins, elle se désole que le  métier ait perdu de sa noblesse. «On ne l’apprend plus aux jeunes comme une passion mais c’est devenu quelque chose de commercial», déplore-t-elle. Cette raison l’a conduite à ouvrir un atelier pour préserver et transmettre des traditions et valeurs à des jeunes filles.
Dépitée par le manque de soutien et  malgré de nombreux formations et diplômes, elle regrette que «des artisans aient pu profiter d’une aide financière de l’Etat mais que d’autres aient vu leurs dossiers refusés». Devant se débrouiller seule pour payer les impôts, elle déplore que «le travail des artisans ne soit pas, hélas, reconnu à sa juste valeur ». Ces contraintes ne lui font pourtant pas fait baisser les bras pour valoriser les habits traditionnels et raconter des pans d’une  histoire dont elle possède les secrets.
Voyage des sens
Des gourmandises, de l’huile vierge, du miel pur et plein d’autres douceurs offertes en dégustation ponctuent ce voyage-découverte de l’artisanat traditionnel.  Venu de Tlemcen, Nasrellah Bendjilali, apiculteur de père en fils, propose une dizaine de variétés de miel et de pollen d’abeille.
Miel d’eucalyptus, de cèdre, de thym, de caroubier, d’oranger, il réussit  à proposer cela grâce à la transhumance de ses abeilles qui ont  pollinisé des arbres à Illizi, Sidi Bel Abbés, Ain Témouchent et Bechar pour produire à chaque fois un miel «100% algérien et naturel», assure-t-il.
Pour lui, «c’’est un grand honneur d’exposer un produit de Tlemcen» et une fierté de la diversité des richesses de l’Algérie et il estime que sa modeste contribution est de l’ordre de 5% de tout ce que l’Algérie recèle de merveilles. Vantant les mérites du miel algérien et de ses dérivés pour la santé physique et mentale, qui ne sont plus à prouver, il souhaite «grâce à l’Algérie nouvelle » exporter ce produit  en Afrique et en Europe.
En plus des nationaux, 56 exposants provenant de 9 pays africains et arabes sont présents. Dans une atmosphère conviviale, on s’échange des sourires, des recettes.
La Tunisie au rendez- vous
Du côté de l’aile tunisienne, des dizaines d’artisans exposent leurs produits. Porte-monnaie, céramique, habits traditionnels et poteries sont fièrement exhibés aux yeux des visiteurs.
Khalil Slama, de «Poterie Slama», une entreprise familiale créée par son grand-père en 1965, présente ses plus belles créations au public. Activant dans la fabrication de poteries traditionnelles depuis trois générations, les propriétaires se sont spécialisés dans l’art de la table. Assiettes, verres, vases, bols et autres ustensiles sont exposés. De multiples couleurs avec des motifs et designs revisitant les traditions tunisiennes sont disponibles. Le vœu de ces exposants est, dit l’un d’entre eux, «d’offrir au marché algérien des objets traditionnels tunisiens revisités avec une touche de modernité».
Sarra Chaoui