Secteur culturel : Ouvrir le capital aux créateurs artistiques

Il est impératif d’ouvrir les capitaux aux artistes et aux créateurs artistiques pour que le secteur culturel puisse devenir un levier à même de participer à l’éveil social créatif. Il sera ainsi possible de parler de culture professionnelle, qui participe activement à l’économie nationale.

C’est ce qu’estime le Dr Habib Boukhelifa, maître de conférences d’arts dramatiques à l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (Ismas), metteur en scène au TNA et critique, rencontré à Ouled Djellal lors des Ateliers nationaux pour les jeunes talents. Selon Boukhelifa, le secteur de la culture a été «toujours délaissé d’une manière ou d’une autre». C’est-à-dire, explique le critique, qu’il n’entre pas, de manière effective, dans la stratégie globale de développement de la société algérienne. «La culture a été pendant longtemps la cinquième roue du carrosse» déplore-t-il. Durant les années 1970, il y a eu un effort des autorités, où on a introduit l’élément révolution culturelle, agraire et industrielle. Cela a donné des résultats, mais d’une manière très limitée.
Concernant l’organisation de l’acte culturel, elle demeure arbitraire de facteurs subjectifs qui la handicapent. «La culture est de prime abord produite par le peuple», signale notre interlocuteur. Après le développement de la société humaine, la mondialisation, la culture est demeurée à son état primitif, voire élémentaire. Tout simplement parce qu’on n’a pas lié la culture à l’économie. Elle demeure encore centralisée», a souligné Boukhelifa. Dans cette optique, le critique estime que les moyens mis à la disposition des créateurs artistiques, notamment les espaces de culture, restent tributaires des autorités locales. «Il n’est pas possible de développer une vraie perception artistique et culturelle qui donne la possibilité aux Algériens de découvrir réellement l’utilité de la culture dans son ensemble. Mais également son rôle dans le développement économique et social», a-t-il poursuivi.
D’un autre côté, la culture est encore centralisée, par la force des moyens notamment, la société civile aura donc toujours du mal à aller vers la production artistique et culturelle sans moyens financiers crédibles. «Tu ne peux pas faire un film ou une pièce de théâtre si tu n’as pas d’argent. Ni éditer un livre ou une requête de musique sans financement. Les gens en quelque sorte bricolent. Et dans ce bricolage, on a créé de fausses valeurs théâtrales, en matière d’arts plastiques ou encore musicales», regrette-t-il. Selon le Dr Boukhelifa, la culture demeure encore dans son état embryonnaire. «On n’a pas pu arriver à développer cette culture pour qu’elle puisse devenir une matière de consommation. Et parvenir par la suite à une culture professionnelle liée à l’économie», a-t-il fait remarquer.
Produit de développement
La culture n’a pas été incluse dans une stratégie de développement à long terme ni de prise de conscience sociétale. «Quand elle était fabriquée par le peuple, la culture a connu un développement et une avancée remarquable. La culture moderne en revanche, soit le théâtre, le cinéma, nous l’avions connue tardivement» a-t-il révélé. Selon lui, cette esthétique a une fonction sociale. Les systèmes orientaux, notamment arabes d’avant la mondialisation, l’ouverture capitale et libérale des sociétés, les systèmes étaient autoritaires.  Et contrôlaient en force les produits culturels. Ce qui explique que nous avons très peu de romanciers, d’hommes de cinéma et que nous produisons très peu de théâtre. Il faudra retrouver cette optique d’esthétisme que nous avons perdu durant la décennie noire et parvenir à un produit culturel non seulement conforme aux valeurs nationales mais également à l’ère du temps.
La culture n’est pas un objet de consommation. L’Algérien ne consomme pas la culture mais la vit à travers les manifestations occasionnelles. «C’est une problématique qu’il faudra dépasser. Par la libération des énergies créatives, les accompagnements ciblés et l’ouverture des capitaux financiers à la culture, notamment les banques pour permettre aux créateurs du secteur de former leur propre marché, produire et créer une dynamique culturelle à même de permettre aux Algériens de s’épanouir culturellement et artistiquement», a-t-il conclu.
De notre envoyé spécial à Ouled Djellal : Walid Souahi