Sécurité alimentaire : Restructurer l’agriculture pour satisfaire la demande

La sécurité alimentaire n’est pas liée essentiellement à la production agricole. Plusieurs  paramètres entrent en jeu et influent sur la capacité des pays à garantir celle-ci et relever les défis qu’elle pose.

La crise de l’Ukraine a révélé, à grande échelle, l’impératif de revoir le système d’approvisionnement  pour aller vers des modèles basés sur le renforcement de la production locale. Cette thématique a été, hier, à l’ordre du jour du séminaire organisé par le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD), à l’Ecole nationale d’administration, Alger. Au cours de cette rencontre, placée sous le thème : «La Sécurité alimentaire en Algérie : enjeux actuels et défis à venir», le représentant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Sofiane Amara, a rappelé que la question de la sécurité alimentaire est pluridisciplinaire précisant qu’elle est prise en charge par le secteur de la recherche. Selon lui, la sécurité alimentaire peut être abordée aussi bien en termes de disponibilité que sur le plan d’accès au produit. De leur côté, les experts ont soutenu que la sécurité alimentaire est «une question décisive» et des réformes structurelles devront s’opérer pour développer l’agriculture et atteindre l’autosuffisance. «L’Algérie a toujours pu assurer la sécurité alimentaire de sa population, même si des disparités selon les catégories sociales ont été enregistrées, mais des mesures de transferts sociaux ont été prises pour les catégories les plus vulnérables de sorte que le pays n’ait jamais connu la famine depuis son indépendance».
Il est vrai, souligne la directrice division Agriculture au niveau de CREAD, le Dr Amel Bouzid, que l’Algérie est «le seul pays en Afrique qui ne connaît pas la famine et ce, depuis son indépendance». Toutefois, elle reste dépendante de l’importation. «Un taux de 50% de son alimentation est  importé», a-t-elle relevé, citant les produits stratégiques comme les céréales, le lait et la pomme de terre. Elle a noté que même la production locale est tributaire des importations des intrants (engrais, semence, traitement phytosanitaire…).  «L’Etat a choisi de soutenir les producteurs de ces filières ce qui a permis la réalisation de résultats appréciables mais insuffisants pour certaines filières comme le blé tendre et le lait et instables comme la pomme de terre». En se référant à certains indicateurs internationaux tel GFSI  (Global food security index), le Dr Bouzid a révélé que l’Algérie est classé à 54e place sur 113  pays. Global Hunger Index (GHI) la positionne à la 31e place par rapport au même nombre de pays.
Une consommation en nette hausse
Avec la démographie galopante et l’espérance de vie en augmentation, le secteur de l’agriculture devra fournir plus d’efforts et produire plus pour répondre à la demande nationale et surtout pour permettre aux pouvoirs publics de réduire la facture des importations. Elle a indiqué  que la consommation a augmenté deux fois plus par rapport à la production agricole. Le Dr Bouzid a souligné que le budget des ménages consacré aux dépenses alimentaires s’est multiplié 2 fois plus, surtout en milieu urbain (2,9). Elle souligne également le déséquilibre entre la consommation de protéines (31,4%) et les calories (68,8%). Selon l’expert  agroéconomiste Zoubir Sahli, le changement du modèle de consommation s’avère difficile. Et pourtant, il devra être revu de fond en comble. «Le modèle de consommation est énergivore et gaspilleur», a-t-il dit. La politique du  foncier agricole doit être revue de telle manière à harmoniser ses lois et à mieux le restructurer. Comme il est impératif de consolider la formation dans le domaine de l’agriculture, le maillon faible, souligne-t-on.
Wassila Ould Hamouda