Djanet : L’oasis compte sur ses mines

Le travail de l’antenne de l’Agence nationale des activités minières (Anam) à Djanet ne se limite pas à l’exploitation de l’or. Il concerne également tous les minéraux classifiés, à l’image du marbre, granit, travertin, tuf et toutes les roches et tous les matériaux de construction. C’est ce qu’affirme le chef de l’antenne de l’Anam-Djanet, Djamel Chikaoui, précisant que la plupart des carrières sont destinées à la satisfaction de la demande des projets de développement local, tels que les travaux publics et bâtiments.

«Notre mission est le contrôle et le suivi des carrières et de toutes les opération d’exploration, mais aussi l’accompagnement des activités minières au niveau de Djanet et Illizi», ajoute-t-il. Une mission qui n’est pas facile, souligne-t-il, eu égard à l’étendue géographique des deux wilayas. Ce qui requiert des sorties sur terrain de plusieurs jours en compagnie des services de sécurité. «Pour ce qui est des agrégats, la plupart des sites sont en exploitation, tandis que d’autres matières telles que le fer et l’étain, nous avons reçu des demandes d’exploration. Le wali de Djanet a, récemment, accordé une autorisation préalable pour l’exploration du fer à Bordj El Houas», indique-t-il.
Concernant le nombre des projets d’exploration et d’exploitation des carrières recensés au niveau de Djanet, Chikaoui indique que les autorisations délivrées concernent uniquement les entrepreneurs chargés de la réalisation du réseau routier, des aéroports et des logements. «Malgré toutes les richesses qu’elle recèle, Djanet compte un seul grand projet à Tinamali, appartenant à l’entreprise Nour. C’est un projet qui a été réalisé selon les normes internationales. Il a un avenir prometteur et révélateur d’une réussite», affirme-t-il. Chikaoui précise qu’il y a 70 carrières en activité à Djanet et qui sont dans l’extraction d’agrégats, la fabrication de matériaux de construction, essentiels pour la réalisation des infrastructures. «A titre d’exemple, les entreprise Cosideret Sonatro sont parmi les exploitants de ces matériaux qu’elles utilisent dans la réalisation des ponts de la ville récemment achevés, la rénovation de l’aéroport Tiska, ainsi que d’autres tronçons routiers», fait-il savoir.
De notre envoyée spéciale, Aziza Mehdid
Exploitation artisanale de l’or : Le pillage organisé freiné
L’exploitation aurifère anarchique à Djanet a été freinée de manière considérable, grâce au projet de l’exploitation artisanale de l’or initié par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Une activité qui prend, progressivement, forme et s’organise après la création de l’antenne régionale de l’Agence nationale des activités minières (Anam) Djanet. Une assertion du chef de ladite antenne, Djamel Chikaoui, rencontré dans son bureau lors d’une mission effectuée par l’équipe d’Horizons dans la wilaya naissante de Djanet.
L’antenne régionale d’activités minières de Djanet a été créée, fait-il savoir, en octobre 2020 eu égard à l’importance du secteur minier dans cette wilaya et chapeaute Djanet et Illizi. Il s’agit aussi de raccourcir les longues distances entre Djanet et Tamanrasset, qui compliquaient le contrôle de l’activité minière.
«L’antenne régionale de Tamanrasset, à elle seule, ne pouvait pas gérer et contrôler l’activité minière importante à Djanet et Illizi. D’où la nécessité de créer cette structure. Il est question aussi de mieux accompagner le projet de l’exploitation artisanale de l’or initié par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune», indique le chef de l’antenne régionale de l’Anam. Auparavant, l’exploitation de l’or se faisait de manière illégale et anarchique et ce projet visera, précise-t-il, à y mettre de l’ordre dans la mesure où il organise cette activité sensible et protège les richesses du pays du pillage organisé des contrebandiers.
«En 2020, le ministre des Mines, Mohamed Arkab, avait proposé l’organisation de l’exploration aurifère selon un dispositif de coopératives et de micro-entreprises. Un cahier des charges a été élaboré pour fixer les modalités et conditions d’exercer cette activité et fut promulgué en septembre de la même année», explique-t-il.
 132 sites autorisés, le décollage
Au départ, la mise en œuvre de ce projet a trébuché pour plusieurs raisons. D’ailleurs, le bilan  de l’activité aurifère artisanale de 2021fait état de seulement 2 kg d’or et en dit long sur les difficultés rencontrées par les premiers exploitants, fait-il constater. En revanche, la quantité extraite les deux premiers mois de l’année courante est un signe avant-coureur d’une activité qui sort du stade embryonnaire vers un essor. Plus de 4 kg ont été déposés au comptoir de l’Entreprise nationale d’exploitation des mines d’or (Enor), fait-il savoir. Chikaoui indique que Djanet dénombre 132 sites autorisés, dont 38 à Bordj El Houes et 94 sites. Ce qui équivaut 132 sociétés bénéficiaires avec plus de 1.000 personnes employées de manière directe. Ces bénéficiaires sont issus d’un tirage au sort en présence des élus locaux. L’Anam n’a fait que superviser cette opération, complète-t-il. Les exploitants sont des sociétés à responsabilité limitée (Sarl). «Nous viserons à travers ces dispositifs à lutter contre le chômage à Djanet dépourvue d’autres débouchés industriels et ce, en incluant le maximum de jeunes désirant opérer dans l’exploitation artisanale de l’or», dit-il. Parmi les 132 dossiers, seulement une soixantaine de bénéficiaires ont commencé l’activité l’exploitation. Pour les autres, le retard accusé est dû à l’implantation des sites. L’accès à certains sites d’exploitation est très difficile et les bénéficiaires n’ont pas tous les moyens nécessaires pour le lancement de leurs projets, justifie Chikaoui.
Le désastre du traitement illicite
Quant à la possibilité d’impliquer le dispositif de l’Ansej dans cette activité, notre interlocuteur fait état de seulement deux dossiers accordés. Il appelle, dans ce sens, à l’assouplissement des conditions d’octroi d’aides, notamment la condition d’âge limitée à 40 ans et ce, pour ne pas phagocyter la réussite d’un projet qui pourrait contribuer au développement de Djanet. Chikaoui préconise ainsi des dérogations pour certains demandeurs d’exploitation de l’or après étude de leurs dossiers et leurs capacités de lancement des projets. Pour ce qui est de la main-d’œuvre, le cahier des charges exige qu’elle soit 100% algérienne d’autant plus que ce secteur connaît l’exploitation illégale par des réseaux étrangers organisés. De même que le projet d’exploitation aurifère artisanale visera à occuper le maximum d’espace dans le grand désert. Les citoyens participeront ainsi à la sécurisation et la préservation des sites contre le pillage illégal. «Les déplacements de nos services pour des contrôles nécessitent un accompagnement des services de sécurité tous corps confondus. C’est dire la difficulté de cette activité», soutient-il.
Par ailleurs, l’exploitation illégale de l’or, ayant pris des ampleurs inquiétantes ces dernières années, a été à l’origine de la propagation du traitement illicite de l’or brut. Le recours à des procédés interdits et dangereux, à coup de mercure et de cyanure, fait ravage dans les champs et palmeraies de Djanet. «Des champs entiers transformés en usines de traitement illicite de l’or brut. Les matières introduites dans les procédés sont extrêmement dangereuses et peuvent causer un désastre écologique», alerte-t-il. Pour réglementer cette nouvelle activité, les exploitants des sites d’or s’engagent, conformément au cahier des charges, à respecter les normes minières dans l’extraction et de vendre l’or brut extrait à l’Entreprise d’exploitation des mines d’or (Enor). Pour ce faire, des comptoirs de l’Enoront été mis sur pied dans le cadre de l’exploitation artisanale de l’or, dont le comptoir d’In Aflahlah à Djanet, détaille-t-il. Ainsi, une batterie de mesures administratives a été mise en place en vue de lutter contre toute tentative d’exploitation illicite.
Les opérateurs autorisés doivent respecter l’acheminement de leurs dossiers au niveau de l’Anam et la signature de leurs contrats de vente avec l’Enor avant d’entreprendre l’exploitation. En cas de manquement à ces procédures, les bénéficiaires seront considérés comme des exploitants illégaux et risquent même de faire l’objet d’une poursuite judiciaire. Quant au prix de vente de l’or brut, il obéit aux cours de la bourse mondiale du jour de la livraison, indique-t-il. Et pour garantir la traçabilité du processus de cette activité, l’Anam reçoit un fichier hebdomadaire de toutes les livraisons effectuées, ainsi que la teneur du brut par tonne. Les exploitants doivent s’acquitter des redevances minières annuelles chaque 30 avril et si le bilan est néant, il sera exonéré de ladite redevance, conclut-il.
A. M.
Alamine Hamadi, directeur du tourisme et de l’artisanat : «Tassili N’Ajjer doit retrouver du prestige»
La promotion de Djanet en wilaya à part entière permettra de redorer le blason de son tourisme et rendre la place qui sied à la vedette du tourisme saharien. Un défi que relève le directeur de tourisme et de l’artisanat de Djanet, Alamine Hamadi. Il affirme qu’une cartographie définissant tous les circuits touristiques de la wilaya verra bientôt le jour. Aussi, une nouvelle stratégie de préservation et de gestion des sites du Tassili N’Ajjer est en perspective.
«Djanet renferme tous les attraits naturels qui font d’elle la wilaya touristique par excellence outre la population locale touareg qui contribue à la promotion de cette destination. Il nous appartient, en tant que responsables locaux, de nous inscrire dans le plan d’action du gouvernement afin de booster l’économie nationale», déclare Alamine Hamadi, directeur de tourisme et de l’artisanat de Djanet.
«L’Etat est décidé de redynamiser tous les secteurs porteurs dont le tourisme et nous nous voulons invertir dans le post-coronavirus en gagnant l’intérêt manifesté par les touristes nationaux. Car, à défaut de pouvoir passer les vacances à l’étranger, l’Algérien s’est tourné vers la destination grand sud», indique-t-il. Et d’ajouter :«Parmi les touristes reçus ici, il y a ceux qui connaissent le désert de Sina et ignorent que leur pays renferme le plus beau désert au monde au vu de la richesse du patrimoine matériel et immatériel qui retrace une période préhistorique de la région». Hamadi cite à titre d’exemple les sites de Sefar et Tadrart, qui attirent plus de touristes étrangers que les nationaux. Dans la foulée, il relève que la tutelle veille à créer un climat de concurrence entre les agences de tourisme en matière de prestations de services et des prix. Dans ce sillage, les agences de voyages peuvent accéder à un rabais de 50% du prix de billet d’avion pour les groupes de touristes de plus de 10 personnes, précise-t-il. Une démarche qui a donné, affirme-t-il, des résultats probants à travers une affluence importante des touristes locaux à Djanet.
Plus de 10.000 touristes nationaux
«Depuis le début de la saison touriste saharienne jusqu’à janvier 2022, la DTA de Djanet dénombre 10.000 touristes nationaux. D’ailleurs, les vols d’Air Algérie affichaient tous complet durant cette période. C’est dire l’intérêt de nos touristes pour Djanet», se réjouit-il. Pour ce qui est des touristes étrangers, il y a une relance progressive après l’ouverture des frontières et la reprise des vols, en plus des étrangers résidant en Algérie, poursuit-il. «Nos services ont pris attache avec le ministère des Affaires étrangères dans le but de faciliter les procédures de traitement des demandes de visa. Ainsi, plus de 650 touristes étrangers ont été recensés par la DTA de Djanet que ce soit avec les agences de tourisme locales ou celles des autres wilayas », affirme le même responsable.
Cependant, Hamadi souligne que Djanet n’est pas faite pour le tourisme de masse, comme Taghit et Timimoun, et ce en raison de la délicatesse des sites, dont la majorité recèle les arts rupestres protégés par le Parc national culturel du Tassili. «C’est plutôt un segment de tourisme de niche qui est le plus adapté à Djanet. Le nombre de touristes dans certains sites ne doit pas dépasser 15 personnes, car même les gravures et peintures peuvent être altérées par l’air exhalé des touristes sur le site», explique-t-il. Selon le DTA, les peintures des sites très fréquentés commencent à se dégrader et à s’effacer. A contrario, celles de Sefar gardent encore leur vivacité, au point de paraître de nouvelles œuvres, appuie-t-il. C’est pour cette raison que la direction du Parc national du Tassili envisage de mettre en place une nouvelle stratégie visant à protéger les sites. Il s’agit, clarifie-t-il, d’alterner ouverture et fermeture des sites en vue de leur permettre de se reposer.
Vers une cartographie des circuits
Par ailleurs, Hamadi fait part d’une volonté de la tutelle de numériser le secteur où il sera demandé à chaque wilaya de dégager des circuits touristes thématiques. Le projet impliquera tous les acteurs concernés, à l’image du ministère de la Culture. «Le rôle des agences de tourisme dans cette démarche est de nous fournir les différents circuits à même de concevoir pour chaque circuit une cartographie. Elle comprend la durée et la distance du circuit, les sites qu’il renferme ainsi que les itinéraires autorités aux véhicules et leurs points d’arrêt pour ne pas agresser les sites», explique l’interlocuteur. Le projet tend aussi à introduire une approche scientifique dans la promotion des différents sites touristiques, poursuit-il.
«Outre les grands sites hors ville à l’instar de Sefar, Tadrart, Admer, nous proposons des circuits intramuros en présence des guides professionnels. Ils passent par le musée Djebrine Machar de Djanet, les trois vieux ksar, en plus du centre de l’artisanat à même de faire connaître l’histoire desdits sites au touriste», fait-il savoir. Interrogé sur l’état de dégradation lamentable des vieux ksour, le TDA explique que la préservation et la restauration des sites sont du ressort du secteur de la Culture, ajoutant qu’ils sont classés dans le patrimoine national censé être protégé. Des projets de restauration sont en cours dans le cadre du Pnud, dont la restauration du Ksar El Mizane. Ce dernier a suscité des réserves de certains spécialistes concernant le style architectural et la couleur qu’on lui a donnés. Par ailleurs, Hamadi revient sur l’activité artisanale locale et les actions mises en place pour préserver des métiers en voie de disparition. «La wilaya de Djanet verra bientôt la création d’une chambre de l’artisanat, qui devrait accompagner les artisans et promouvoir leurs produits. Je suis un enfant de l’artisanat et je veillerai à faire valoir le produit local», promet-il.
À ce titre, Hamadi met l’accent sur l’importance de l’activité féminine dans le secteur, citant la confection des objets en cuir et tous les accessoires de la tente touareg, ainsi que la vannerie. Tandis que la fabrication des bijoux et le forgeage sont généralement une spécialité masculine demandant beaucoup d’efforts physiques. La TDA de Djanet travaille en étroite collaboration avec l’école de taille des pierres précieuses de Tamanrasset, ainsi que d’autres centres de formation dans le souci de perpétuer les divers métiers de l’artisanat. «Nous voulons inculquer à nos artisans des méthodes de façonnage conciliant l’authenticité des produits et la touche moderne», ajoute-t-il.
Mise en tourisme de la culture locale
Des salons sont organisés durant la saison touristique pour permettre aux artisans de commercialiser leurs produits, tel le festival Tassili qui se tient entre décembre et janvier, soit au summum de la saison touristique. «C’est durant cette période que nous devons concentrer notre activité et coordonner avec les agences de tourisme pour introduire ces manifestations culturelles dans leurs circuits», précise-t-il. De même que Yennayer constitue une opportunité pour la mise en tourisme, pendant quinze jours, de la culture locale et de la gastronomie de la région, renchérit le responsable. Ainsi, les agences programment lors des circuits la préparation de certains repas et mets traditionnels des Touareg, à l’image de la galette dite «Tagella» dont la cuisson se fait dans le sable chaud, ou encore «Tikadourine» préparée à base de dattes et de lait. Cette dernière est incontournable pour la famille touarègue pendant le mois de ramadhan, dont les saveurs et les senteurs commencent à embaumer  les marchés et les foyers.
A.M.