Siham Chérif, docteur en sociologie : «Les Algériens dépensent pour les apparences »

Le Ramadhan est-il un mois propice aux dépenses ou, plutôt, aux économies ? Pour Siham Chérif, docteure en sociologie et maître de conférences à l’université Algérie 2, «la réalité est que les Algériens sont des dépensiers et ne font pas d’économies».

Elle fait observer que «nombreux sont ceux qui se plaignent de l’insuffisance des moyens», précisant toutefois qu’en dépit de la faiblesse de leurs budgets, ils «ne peuvent pas ne pas dépenser lors des occasions comme c’est le cas durant le Ramadhan».
«Ils ne se privent de rien et achètent même les mets les plus chers», soutient Dr Chérif, illustrant son propos par la cherté des prix des légumes : «La courgette par exemple a flambé et n’est pas vraiment indispensable, mais les citoyens l’achètent à 140 ou 150, voire à 160 DA». Pour justifier leurs dépenses, «nos concitoyens vous diront qu’il s’agit d’une occasion annuelle où on ne peut pas ne pas faire de dépenses», affirme-t-elle. Dans le même ordre d’idées, elle fera remarquer que «quand vous sortez le soir, vous n’avez pas où mettre les pieds tellement les magasins d’habillement sont encombrés. Et en dépit de leurs faibles revenus, les Algériens choisissent des vêtements onéreux comme la petite robe princesse d’un jour de 10.000 DA». L’explication que fournit Dr Siham Chérif à ce comportement est que nos concitoyens avancent qu’«ils ne peuvent pas laisser leurs enfants jalouser les vêtements des autres enfants même s’ils n’économisent pas, l’essentiel pour eux est de faire plaisir à leur progéniture». Plus fondamentalement, le comportement d’achat des Algériens est sous-tendu par des phénomènes socio-psychologiques, fait observer le docteur en sociologie.  «Ce comportement s’explique par le fait que nos concitoyens ne veulent pas se sentir moins importants et moins valeureux que leurs familles ou leur voisinage».
Aux yeux de la sociologue, ce sont beaucoup plus que les femmes qui ont tendance à adopter cette attitude, puisqu’elles veulent émerger et faire voir à l’entourage et à la famille qu’elles et leurs enfants sont bien habillés même s’ils vivent dans des conditions difficiles, l’essentiel étant de cultiver les apparences. En somme, l’Algérien est «dépensier», martèle Dr Siham Chérif et ce essentiellement «pour les apparences» surtout lors des occasions (Ramadhan, Aïd…) où «il dépasse son budget», dans un esprit et une attitude caractérisés par «l’absence de culture des économies». Les Algériens s’adonnent à des achats de façon «aléatoire et inconsidérée» sans liste, «ni planification ni prévisions» préalables. «Ils préfèrent s’habiller et bien se nourrir même s’ils habitent une demeure vétuste.»
Fatma Zohra Hakem