Solstice : La ronde des saisons

L’été, saison des fêtes et des retrouvailles familiales par excellence, était assez avancé.  Beaucoup sont déjà repartis en  laissant derrière eux regrets et souvenirs. Des mères cachent leurs pleurs et des jeunes songent déjà à l’été prochain. Qui sait, peut-être vont-ils finir par séduire une émigrée ? Même la route qui mène vers la mer n’est plus encombrée et, durant la nuit, aucun faisceau de  lumière ne troue l’obscurité totale qui l’enveloppe.

Pourtant, personne ne semblait pressé de voir se refermer cette parenthèse de joie et de détente de peur de renouer avec la monotonie qui, le reste du temps, étouffait la petite localité. L’amas de nuages qui ne désertait jamais ses crêtes est une véritable hantise pour les habitants car c’est le signe qui annonce le retour du froid et la fin des vacances. .
Dès les premiers jours de l’automne, des bancs de brouillard déferlaient. Du côté de la mer, ils arrivaient en masses compactes et menaçantes. La nature semblait intimer à chacun l’ordre de se cantonner dans son coin et renoncer à la moindre velléité de s’en échapper, même par le regard.
Mais à quoi bon s’impatienter ? A la belle saison, les premiers rayons du soleil s’empresseront de lacérer le rideau de nuages qu’ils faisaient déguerpir comme un troupeau apeuré.
Les contreforts schisteux, de nouveau, s’offrent et s’abandonnent, comme une amante soumise aux caresses. Les collines dénudées par l’hiver se couvrent de tapis de coquelicots et de pâquerettes, et la garrigue s’hérisse de touffes de genêts. Mars et avril se voient bousculer par l’été.
Qu’importe, après les arbres et les plantes, les cœurs fleurissent à leur tour, les nuages volent loin et se réfugient au fin fond du ciel. Les mariages vont ensuite se succéder, presque tous les jours, et plus seulement en fin de semaine. Les clameurs empliront tous les quartiers dont la quiétude est fracturée par d’intermittentes détonations. Ceux qui comptent leurs sous ressentent de l’embarras. Pour eux, une fête c’est aussi des dépenses à prévoir. Un cadeau sert aussi à honorer une sorte de dette contractée un été précédent.
R. Hammoudi