Sommet africain du digital : 1200 décideurs au rendez-vous

Le sommet africain du digital (Digital African Summit) a ouvert ses portes, ce mardi au Centre international des conférences (CIC),  Abdelatif Rahal, à Alger. Pas moins de 1.200 décideurs et une centaine d’entreprises et start-up exposantes, issus d’une vingtaine de pays d’Afrique et du monde, ont pris part à l’évènement.

Intervenant lors de la cérémonie d’ouverture, le professeur Mohamed Belhocine, commissaire à l’éducation, à la science, à la technologie et à l’innovation de l’Union africaine (UA), a rappelé la stratégie de l’UA en matière de digitalisation qui doit permettre d’améliorer les conditions de vie. Selon le Pr Belhocine, ce sommet du digital intervient à un moment critique où «la pandémie de Covid-19 a révélé un besoin urgent d’adopter des technologies habilitant les innovations et des solutions numériques pour la reprise économique et la reconstruction de systèmes durables et plus résilients afin de fournir de meilleurs services à nos nations». Il souligne que les services, tels que le commerce électronique, la e-santé, la e-finance et la e-éducation ou encore le secteur de l’agriculture, peuvent être fournis par les services publics ou privés et doivent impliquer les petites et moyennes entreprises ainsi que les start-up dans une économie moderne, axée sur le savoir et des ressources humaines alphabétisées instruites et qualifiées dans le domaine du numérique. «L’Union africaine est en train d’élaborer la stratégie d’éducation numérique pour promouvoir la citoyenneté numérique, faciliter l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement, l’apprentissage, la recherche et renforcer la compétitivité de l’Afrique», a-t-il assuré.
Dans ce sens, le Pr Belhocine a souligné que, durant la crise Covid-19, les plateformes du numérique et les solutions digitales apportées ont tenu leur promesse avec la mise à disposition d’outils permettant d’accéder à l’éducation, à une formation professionnelle de qualité et adaptée mais également de permettre la continuité du travail. «L’utilisation des réunions virtuelles a explosé, le télétravail a permis grâce aux solutions digitales une grande fluidité tout en permettant aux professionnels de la santé une surveillance épidémiologique pointue et continue, suivie région par région et ville par ville», a-t-il indiqué.
L’ambassadeur Isaac Gnamba-Yao, président du conseil d’administration de l’Union postale universelle, a mis l’accent sur l’importance de développer les systèmes postaux africains pour aider à propulser le domaine du numérique sur le continent. Il souligne que le développement des systèmes financiers passe par l’évolution des systèmes postaux.
Pour sa part, Tadjeddine Bachir, président du Groupement algérien des acteurs du numérique (Gaan), rappelle que l’Algérie a entamé une série de mesures pour accélérer sa mue vers le numérique, notamment la création de fonds d’investissements, d’exonérations fiscales, d’allégement des procédures administratives et incitations au développement numérique.
Ce sommet réunit en l’espace de trois jours, pas moins de 100 entreprises, dont 22 start-up nationales et étrangères. L’événement prévoit également la tenue de 60 conférences et ateliers autour du développement du numérique et  des rencontres B2B.
Systèmes financiers plus souples
Par ailleurs, l’innovation numérique a besoin, selon le même responsable, d’efforts financiers pour atteindre les groupes pauvres et exclus qui n’ont pas accès au service financier formel. «Avec la généralisation des services financiers formels, les conditions de vie des citoyens peuvent être améliorées. Le petit maraîcher ou entrepreneur pourrait par le biais de ce service pouvoir accéder au marché simplement en cliquant sur un bouton et faire livrer ses produits au consommateur. Voir même, effectuer des paiements via des plateformes de transfert d’argent», a-t-il signalé, rappelant que les applications mobiles de taxi ne représentent que quelques-unes des solutions numériques qui améliorent la vie des citoyens. Pour Mohamed Belhocine, «exploiter correctement et canaliser ces innovations dans le domaine de l’information et de la communication permettrait d’ouvrir une voie vers la réalisation des objectifs de développement durable». «Pour que l’innovation numérique prospère en particulier en Afrique, il nous incombe de veiller à ce que l’écosystème d’innovation et la volonté politique soient favorables à l’éclosion des start-up tout en facilitant l’architecture de financement durable pour la recherche», a-t-il martelé, assurant que les secteurs publics et privés doivent participer activement.
L’intervenant tient à rappeler que les Etats membres de l’Union africaine avaient appelé à allouer 1% du budget à la recherche et au développement. «Ce sommet est l’occasion de plaider pour que cet engagement soit honoré graduellement dans des délais raisonnables par l’ensemble des Etats membres», a-t-il appelé. «L’agenda 2063 de l’UA appelle à accélérer les actions pour catalyser l’évolution de l’éducation et des compétences, à promouvoir activement la science, la technologie, la recherche et l’innovation dans le but ultime de renforcer les connaissances les ressources humaines, leurs capacités et les compétences pour l’avenir de l’Afrique», ajoute le Pr Belhoucine.
En droite ligne avec cet agenda, énumère le responsable, la commission a élaboré la stratégie de transformation numérique pour l’Afrique pour transformer les sociétés et les économies africaines afin de promouvoir l’intégration de l’Afrique, générer une croissance économique inclusive, stimuler la création d’emplois, briser la fracture numérique et éradiquer la pauvreté pour le développement socio-économique du continent. Il rappellera que cet agenda a été ratifié avant l’adoption de la zone de libre-échange du continent. «Désormais cela reprend un relief bien plus particulier aujourd’hui que la zone de libre-échange est active et ratifiée par la majorité des Etats membres », a-t-il souligné, affirmant qu’une fois pleinement mise en œuvre cette stratégie devrait stimuler une économie numérique intégrée et inclusive qui améliore la qualité de vie des citoyens africains et renforce le secteur économique.
Walid Souahi
Alger, Conakry, Kinshasa, Luanda,  Yaoundé… : Des villes propices aux entreprises innovantes
Selon le rapport de ‘Start-up blink’ de 2021, les villes d’Alger, Bamako, Conakry, Kinshasa, Luanda, Ouagadougou et Yaoundé font partie des villes propices à l’éclosion d’entreprises innovantes. Une réalité qui fait espérer au professeur Mohamed Belhocine, commissaire à l’éducation, à la science, à la technologie et à l’innovation de l’Union africaine (UA), que l’organisation africaine  puisse se concentrer sur une approche intégrée inclusive, construire des coalitions en faveur de l’intégration optimale des innovations numériques dans tout le processus de développement où toutes les parties, y compris le milieu universitaire, ont un rôle à jouer. «Il est impératif que nous tirions ensemble partie des compétences et des connaissances de la recherche et du développement associé à des environnements agiles et collaboratifs pour renforcer les écosystèmes de l’innovation en Afrique», a-t-il plaidé. Selon lui, grâce à une telle approche intégrée, il sera possible d’accélérer en toute confiance les innovations numériques pour le développement durable sur le continent, la concrétisation de l’agenda 2063 et des objectifs mondiaux de développement durable pour l’agenda 2030. «Nous sommes embarqués ensemble dans cette œuvre. De conduire ce programme et de galvaniser les actions de tous les acteurs grâce à des améliorations des politiques, des stratégies, des preuves et de l’innovation qui assureront un impact à grande échelle en particulier pour les catégories vulnérables et ou marginalisées de nos sociétés», a-t-il précisé, assurant que l’Union africaine se tient prête à faciliter et fédérer les efforts dans ce domaine au niveau continental.
W. S.