Souhil Meddah, expert financier : «Une intention de simplification des procédures»

Entretien réalisé par A. Hamiche

Expert financier, Souhil Meddah indique, dans cet entretien, que l’accompagnement à l’investissement n’est pas un acte d’investir de la part des pouvoirs publics, mais nécessite l’établissement des moyens de contrôle, de rapprochement, de valorisation et aussi de flexibilité dans toutes les questions qui concernent les garanties financières ou non financières.

Que pensez-vous des nouvelles mesures du projet de la loi relative à l’investissement ?
A la lecture de ces points évoqués, la première singularité vis-à-vis d’une intention de simplification des procédures, on note l’utilité d’affecter les centres des pouvoirs à des niveaux relativement décentralisés ou déconcentrés. Lorsqu’il est dit que les tâches du Conseil national de l’investissement seront : concentrer sur la proposition de la politique nationale en matière d’investissement, coordonner et évaluer sa mise en œuvre, il en va de soi de s’interroger sur le sort des opérations stratégiques de grande valeur ou celles s’inscrivant par les apports des IDE, surtout par rapport à leur traitement ou leur circuit. Il est aussi question de la gestion en amont et en aval de toutes les formes de contraintes ou de lourdeurs qui nécessitent une régulation des champs d’intervention et d’interconnexion entre les acteurs. Le fait d’opter ou de compter sur le guichet unique comme seul chef de file, implique de facto que son réseau pratique d’intervention soit bien préparé pour toutes les sollicitation possibles et imaginables, mais aussi sur le fait que le risque d’un blocage dans le circuit ne sera pas toléré de façon systémique assimilable aux traditionnels changements qui nous imposent une adaptation forcée. La simplification des procédures est similaire à une complexité des champs d’intervention de l’Etat régulateur qui devra compter sur des moyens techniques de coordination et de plateformes, de façon permanente. Il est également important de miser sur plusieurs hypothèses qui peuvent contraindre les processus de promotion ou d’accompagnement à l’investissement. Cependant, l’accompagnement à l’investissement n’est pas un acte d’investir de la part des pouvoirs publics, mais nécessite l’établissement des moyens de contrôle, de rapprochement, de valorisation et aussi de flexibilité dans toutes les questions qui concernent les garanties financières ou non financières.

Comment faire, selon vous, pour aboutir à une réelle relance des investissements ?
Le processus d’investir obéit à deux logiques. La première concerne d’abord l’existence d’un marché qui puisse absorber les offres. Tout en tenant compte des paramètres compétitifs alloués par des politiques monétaires et budgétaires permettant leur bonne maîtrise. Le secteur de l’investissement doit tenir compte aussi de la base qui soutient la demande, à commencer par les revenus, ou la nature de l’évolution de la société, des secteurs demandeurs et aussi des exigences des demandeurs sur le marché des échanges des biens et services. Ces demandeur,s qu’ils soient consommateurs ou intermédiaires, imposeront les mêmes règles que celles du marché des échanges. La deuxième logique s’inscrit exclusivement dans les valeurs subjectives, telles que la qualité du produit qui ne peut s’acquérir sans concurrence professionnelle et loyale, mais aussi sur les quantités mises sur les marchés intermédiaires ou de distribution en fonction de l’enchaînement des éléments incorporables dans chaque processus d’investissement et de production, notamment sur les intrants, les financements et aussi la logistique. Hormis ces aspects techniques liés aux secteurs ou aux branches, il y a aussi la question de la compétitivité monétaire que par rapport aux autres offres soit en importation ou par rapport à la concurrence sur les autres marchés internationaux. Car il est nécessaire que la politique monétaire s’implique activement tout en partageant la même perspective de la politique d’offres à l’international.

Comment expliquer le recul des investissements ?
Ce recul peut être expliqué au moins par trois raisons palpables. D’abord dans notre marché de détail qui dans certains segments est considéré comme un espace très peu demandeur sur les produits locaux, sachant que la hausse des revenus pour les ménages est souvent source de la hausse des importations. Ensuite, le dispositif réglementaire qui demeure volatile depuis plusieurs années. Troisièmement, le manque de compétitivité sur certains segments, surtout lorsqu’il s’agit des questions des industries délocalisées, par de grandes firmes européennes ou autres. Dans ce sens, il s’agit d’un raisonnement économique naturel, sachant que notre tissu industriel a pendant des années basculé sur plusieurs paradigmes, en commençant par la politique de l’industrie industrialisante, captive sur les grandes unités pendant les années 1970. En passant par la restructuration des années 1980, puis la restriction des capacités de production dans les années 90, ensuite par les partenariats avec les cibles des cas intégrés dans le SPM (secteur public marchand), pour revenir enfin vers les industries structurantes qui nécessitent
d’importants réseaux de sous-traitances.
 A. H.