Stations de dessalement : Des start-up spécialisées dans la télégestion

Afin de ne plus dépendre des entreprises étrangères, l’incubateur de l’Ecole nationale supérieure d’hydraulique (ENSH) s’est fixé pour objectif d’encourager les start-up à se spécialiser dans les solutions technologiques pour une meilleure gestion et exploitation des stations de dessalement d’eau.

Au début des années 2000, l’Algérie a failli importer de l’eau. C’est ce qui a poussé le gouvernement à investir et à réaliser de grands projets de barrages et de retenues collinaires. Mais l’irrégularité du régime pluviométrique a fait que le taux de remplissage de ces derniers ne dépasse pas les 70% à l’Est et les 40% à l’Ouest. «A cause de cela et de la demande croissante des populations en eau potable, durant les périodes estivales surtout, le recours au dessalement des eaux de mer et à la déminéralisation des eaux saumâtres est devenu une priorité absolue», indique l’enseignant-chercheur et directeur de l’incubateur de l’Ecole nationale supérieure d’hydraulique (ENSH) de Blida, Samir Yahiaoui. Rappelant que le pays compte 11 stations de dessalement d’une capacité de 2,1 millions de m3/jour pour 8 millions d’individus, il relève que cette capacité, une fois le programme des 6 autres projets de dessalement d’eau réalisés, atteindra les 2 milliards de m3 en 2030, soit près de 30% de la consommation totale en eau potable.
«Ce qui va considérablement renforcer les quantités des ressources superficielles et souterraines, qui se font de plus en plus rares. L’eau issue du dessalement est systématiquement mélangée à de l’eau superficielle dans les réservoirs pour améliorer sa qualité. Son coût de revient est très élevé», explique-t-il. Mais selon lui, si ces stations sont une alternative, ce sont toujours les entreprises étrangères qui détiennent ce marché, en matière de réalisation et d’exploitation.
«Dans la plupart des contrats, il existe des clauses de confidentialité qui empêchent le transfert de savoir-faire aux Algériens. Ainsi, toute intervention, après l’épuisement de la durée d’exploitation contractuelle, est facturée comme consultation. D’où l’importance de miser sur la formation des cadres du secteur, capables de dimensionner, d’exploiter et de gérer ces stations, à l’exemple de l’ENSH qui s’est doté d’un incubateur», estime-t-il. Cette dernière, fait-il savoir, a mis au point une nouvelle option dans la formation de graduation en ingéniorat qui s’appelle RENC (réutilisation des eaux non conventionnelles). «Les ingénieurs diplômés de l’ENSH sont tout à fait capables de non seulement dimensionner ce genre de stations, mais aussi de les exploiter.
Opter pour la micro-irrigation
Il sera aussi intéressant d’investir dans la production locale de cartouches, destinées aux stations en osmose inverse, que l’état importe à des prix exorbitants», souligne-t-il. Il révèle à ce propos que l’un des objectifs de l’incubateur de l’ENSH est d’encourager la création de start-up spécialisées dans les équipements et dans les solutions technologiques pour le bon fonctionnement de ces stations. Il recommande également le recours à la télégestion des réseaux afin de garantir des interventions en temps réel en cas de panne.
Il s’agit aussi de se défaire aussi des techniques d’irrigation gravitaires à l’ancienne d’une efficience très faible (inférieure à 30%), opter pour la micro-irrigation (réduit l’utilisation de l’eau et des engrais) et enfin, aller, dans un futur proche, vers la Smart irrigation (arrosage intelligent), déjà appliquée dans certaines fermes pilotes. «En période de crise, on pourra exploiter la nappe albienne du grand Sud. Il ne faut pas oublier, cependant, qu’en dépit des milliards de mètres cube en termes de capacités, cette nappe prend des milliers d’années pour se régénérer, contrairement aux nappes phréatiques qui se régénèrent sous l’effet immédiat des précipitations», conclut-il.
Farida Belkhiri