Suspension de la mesure de retrait de permis : Les effets se font attendre

Après une baisse considérable et significative, durant le confinement, le nombre des accidents de la route enregistre de nouveau une tendance haussière. Les décès quotidiens également. Une situation qui inquiète de plus en plus les autorités et les experts en sécurité routière.

Malgré la suspension du retrait de permis de conduire, «les accidents de la route sont toujours en hausse», affirme l’expert international et chercheur en sécurité routière, Mohamed Kouache. Bien qu’il soit prématuré de faire une évaluation, du fait que la mesure a été promulguée en début février, il affirme que «cette décision n’a pas eu l’impact escompté». Selon lui, «les chiffres sont effarants». Il précise qu’après une décrue, en raison de baisse de l’activité économique durant le confinement, la mortalité routière repart à la hausse. «On compte 10 décès quotidiennement», s’inquiète Kouache, qui craint une «augmentation du nombre d’accidents durant la saison estivale, connue pour être la saison des fêtes de mariage, où les dépassements qui surviennent dans des cortèges sont à l’origine de 70% des accidents de circulation».
Saluant la mesure de suspension de la procédure de retrait de permis, il préconise la mise en place par les autorités concernées d’une alternative afin d’éviter la hausse des contraventions et surtout des accidents de la route. Selon Kouache, l’augmentation des amendes, après l’annulation de la procédure de retrait de permis, «n’a pas dissuadé certains jeunes irresponsables, issus de milieu aisé». Il précise qu’aussi élevées soient-elles, ces amendes ne sont pas une solution pour limiter le terrorisme routier. Bien au contraire, poursuit-il, il estime que la nouvelle mesure «pourrait entraîner une hausse des accidents de la circulation avec plus de victimes, de blessés et de handicapés». Le spécialiste appelle à la mise en application du permis à points, projet en suspens.
Pour faire face au vide juridique en matière de dissuasion, le spécialiste préconise l’application du permis à points, seul à même de décourager les automobilistes. Il affirme que «ce système a montré son efficacité dans plusieurs pays arabes et européens, et a contribué à la réduction des accidents de la route». Plus explicite, il avance que «ce système de retrait de points donne au conducteur la possibilité de corriger ses erreurs, et s’il prouve sa bonne conduite, ses points lui seront restitués après». Toutefois, ajoute-t-il, «dans le cas contraire, le contrevenant récidiviste pourrait faire l’objet d’un retrait définitif de son permis, s’il perd la totalité de ses points. Ce dernier sera donc obligé de repasser son permis et sera interdit de conduite pendant deux ans».
Par ailleurs, il pense qu’il est important d’installer un système numérique national, devant recueillir des informations sur tous les accidents et infractions routières. Ce système, argumente le spécialiste, «permettra de suivre les conducteurs contrevenants récidivistes qui pourront ainsi faire l’objet d’un retrait de permis à titre exceptionnel».
Samira Azzegag