Tabagisme : Fumer, c’est mourir à petit feu

Le tabac est un doux poison. Longtemps symbole de décontraction, voire de virilité, on a fini par se rendre compte qu’il tue en silence. Tout récemment, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé aussi qu’avec ses milliards de mégots et tout le plastique entrant dans la composition des e-cigarettes, l’industrie du tabac est l’un des pires pollueurs au monde. Une de nos collaborateurs rappelle ses dégâts dans notre pays notamment les risques que sa  consommation, qui prend différents aspects, font peser sur la santé de la population. Un autre s’intéresse au péril qui plane sur les collégiens et les lycéens qui sont de plus en plus une catégorie à risque. Concernant les moyens de combattre ce fléau, nous avons sollicité des responsables de deux associations qui préconisent des méthodes et des approches novatrices.

Chaque année, le tabactue15.000 Algériens. Soit 45 personnes par jour. Ces statistiques établies par une professeure d’économie de la santé en 2015ont, depuis, exponentiellement évolué. Il  est difficile d’imaginer que les rangs des fumeurs et autres accros à toutes les formes de tabagisme se soient dégarnis.
Bien au contraire, ils se sont certainement renforcés compte tenu de la cadence des jeunes à s’essayer à la cigarette d’autant plus que l’avènement de celle dite électronique en a, plus ou moins, édulcoré les méfaits. Pire, elle a réduit des années, voire des décennies, d’efforts entrepris par l’OMS et ses démembrements nationaux, les organisations non-gouvernementales dans un combat inégal livré aux puissantes industries manufacturières du tabac et leurs lobbies.
Preuve en a été fournie, il y a à peine une semaine, avec la sortie médiatique d’un des plus célèbres parmi ces «cigarettiers» en l’occurrence Philip Morris. A travers le surréaliste slogan «un avenir sans tabac», il a annoncé, après la cigarette électronique, le lancement sur le marché mondial de produits alternatifs de substitution. En fait, qu’il soit à fumer, chiquer ou priser, cela importe peu. Par définition, le tabac tue annuellement près de 10 millions de personnes à travers le monde dont  2 millions parmi les non fumeurs qualifiés avec pusillanimité de «victimes passives» parce qu’involontairement exposées à proximité de fumeurs : parents, amis et autres individus dans les lieux publics, cafés, restaurants où fumer est toléré en raison du sacro-saint respect des…libertés individuelles.
En Algérie, il n’y a pratiquement aucun discernement sur cet aspect précis du toléré et de ce qui ne l’est pas hormis dans les établissements publics relavant notamment de l’éducation et de la santé quoi…que. Le dilettantisme, sinon le ridicule en la matière, est parfois si flagrant qu’il déteint sur ceux qui se considèrent comme des fumeurs responsables conscients de leur capacité à arrêter de fumer à n’importe quel moment parce que maîtres d’une addiction dont ils ne veulent pas admettre la réalité. Cette dernière rend encore plus regrettable le fait qu’il n’existe pas d’études techniques, scientifiques continuellement actualisées à même de cerner la menace sanitaire la plus virulente chez les jeunes notamment les filles et désormais les enfants compte tenu de l’ancrage et l’extension du phénomène en milieu scolaire.
Les campagnes de sensibilisation que les pouvoirs publics s’évertuent à animer dans des circonstances précises au-delà de la ponctualité et du battage médiatique, donnent de plus en plus l’impression de desservir, par une sournoise banalisation, l’idée essentielle de la lutte contre le tabagisme sous toutes ses formes.
La cigarette est pour tout individu l’ennemi essentiel de la durée d’espérance de vie au même titre que le tabac à chiquer et/ou à priser. C’est la cause du cancer de la bouche, de la langue, des gencives, de l’œsophage, de l’estomac, de la vessie que toutes les cigarettes révolutionnaires nouvelles que pourrait inventer Philip Morris ne sauraient faire oublier.
Abdelhamid Lemili