Taghit : L’enchanteresse se dévoile 

Taghit, cette ville de la wilaya de Béchar, en plein milieu du Grand Erg occidental saharien, porte bien son nom d’enchanteresse. Tous ses visiteurs, venus en famille, avec des amis ou seuls, et quelque que soit le motif de leur visite, le certifient. Cette ville magnétise, attire, apaise et enchante, comme une sirène au milieu d’un océan de sable.

Pour le Nouvel An, El Mawlid Ennabaoui, un festival de musique ou même pour des considérations professionnelles, cette oasis saharienne a tout d’une grande destination touristique par excellence. Elle reçoit, les bras grand ouverts et un verre de thé à la main, ses visiteurs. L’accueil chaleureux de ses habitants réchauffe les cœurs des touristes habitués à la distance et au froid ambiant. Le temps au mois de mars a comme des airs de début d’été, les nuits sont fraîches et laissent place à l’admiration des étoiles visibles par centaines et le sommeil est réparateur et confortant, même s’il se limite à quelques heures.
Le réveil en douceur est naturel, ici nul besoin d’horloge ou d’artifices pour tenir debout. L’air sec, l’eau claire et le vent sur le visage laissent les personnes en forme tout au long de la journée. Qu’ils logent chez l’habitant, dans des auberges ou dans un hôtel haut de gamme, ici toutes les bourses sont les bienvenues.
Qu’il s’agisse de tourisme d’aventure, de culture ou naturel, ici, tous sont réunis. La beauté des paysages à couper le souffle entoure cette ville de toute part. Par route, l’entrée de Taghit apparaît comme un mirage au loin, à partir de Béchar. Après des sentiers de vague et de rochers, une autoroute sinueuse interminable mais qui semble si courte, apparaît, sortie de nulle part comme un tapis rouge accueillant les visiteurs. Après des tournants donnant le tournis, elle s’érige en maîtresse des lieux, bordée par des palmiers de part et d’autre de la voie, et offrant une vue panoramique sur ce qu’elle offre de rêve. Les dunes s’étalent à perte de vue, dorées ou orangées quand leurs courbes reposent le regard trop habitué à la raideur des villes du Nord. Elles laissent l’observateur s’imaginer déjà à leur sommet et admirant la ville. Les palmeraies, elles, de par leur verdure rappellent que la ville dispose de nappes phréatiques, au milieu de la chaleur du Sahara. Sur la place des Martyrs au centre-ville, une carafe géante déverse des flots d’eau pour arroser les habitants de ses bénédictions. Ici, l’artisanat, le folklore et les traditions sont omniprésents. Il se retrouve dans la façon qu’ont les habitants à saluer et se comporter avec les personnes, jusqu’à leur habillement, les airs qu’ils fredonnent et enfin leurs métiers manuels.
Dès leur arrivée sur la grande place, les touristes peuvent directement se diriger vers l’hôtel le plus ancien de la ville, Saoura, à l’architecture mauresque. Le lieu attire toutes les personnes désireuses de profiter d’un panorama magnifique sur la région dans des conditions d’hébergement agréables. Au bord de la piscine, un thé siroté avec la vue sur les dunes d’un côté et la palmeraie de l’autre laisse les problèmes s’évaporer. Revenant sur la place de la ville, des stands d’artisans attirent l’attention. Ils sont disposés de part et d’autre du trajet et offrent cadeaux, souvenirs et habits traditionnels à profusion. Les couleurs vives et chaudes, les sables de toutes les teintes, les porte-clés, porte-monnaie, chèches et autres petits souvenirs s’étalent sur les étalages des vendeurs souriants.
Parmi eux, Houari, la trentaine, accroche l’œil avec sa joie de vivre et son sourire indécrochable. Assis sur sa chaise roulante, il virevolte entre les souvenirs, accroche, décroche, replace les pulls à l’effigie de Taghit avec une aisance et souplesse déconcertantes. Parlant arabe, un peu de français et d’anglais, il s’adresse aux touristes nombreux venus vers lui et leur souhaite la bienvenue dans sa ville de cœur. Originaire d’Aïn Témouchent, il est à Taghit depuis une dizaine d’années et vit de son métier, l’artisanat. Passionné de culture et des traditions de la région, son handicap ne le lèse en rien dans ses envies. Il joue du jambi et de la derbouka depuis 2005 avec une troupe locale de sa ville natale. Il a appris sur YouTube à ses débuts, et depuis son arrivée à Taghit, il joue du karkabou dans la troupe de Taghit sous les consignes de Damou, le grand maâlem de diwane de la ville. Concentré sur son instrument, il interprète avec amour des morceaux envoûtant tout un chacun. La journée vendeur d’artisanat, il se convertit, une fois le soir venu, en musicien ou danseur. Il surprend l’assemblée par ses pas de danse parfaitement exécutés et son énergie débordante. Ambitieux et drôle, maîtrisant l’art de la discussion, il épate tout le monde sur son passage et suscite l’admiration des habitants comme des visiteurs. A chaque coin de rue, les gens le hèlent et le saluent, lui proposant un bout de discussion ou de partager un thé succulent.
Juste en face de son stand, se trouve celui d’Amine, aussi trentenaire, qui s’est voué à embouteiller du sable et à en faire un tableau unique. Qu’il soit de couleur naturelle ou teinté, le sable provient des dunes interminables de Taghit qui surplombent les environs. Formant un V de ses doigts à l’aide de baguettes, il crée, couche après couche, un tableau qui prend vie sous les yeux ébahis des spectateurs. Voici donc un chameau au milieu du désert, un coucher de soleil ou une oasis qui se dessinent à l’horizon. Les plus enthousiasmés par le processus iront jusqu’à demander l’inscription de leur nom dans cette bouteille désormais remplie de souvenirs.
Alors que le temps et le sable s’écoulent dans la bouteille, les narines sont chatouillées par une douce odeur. Envoûtante, elle mène les gourmands vers la kheima juxtaposée au stand. Musique de diwane, karkabous et guembris enjolivent cette tente aux couleurs chaudes. Les tapis au sol invitent à se déchausser afin de pénétrer dans cet antre de la musique où chaque soir, des qaâdas sont organisées. Le fameux thé ayant mené jusqu’ici est offert avec amabilité par le grand maâlem de Diwane, connu de toute la région, Damou. Il partage avec les visiteurs un verre de thé, anecdotes et informations précieuses sur cette musique qu’il joue comme personne. Ayant formé des dizaines de musiciens, il est à la tête de la troupe de diwane locale et a même appris à jouer à Houari, qui rejoint les invités sous la tente. Tenue traditionnelle de mise, qui ne le quitte pas depuis des années, il interprète des morceaux envoûtants que seuls les amateurs savent apprécier à sa juste valeur.
Tant d’artistes, d’artisans et d’habitants qui font de Taghit une oasis enchanteresse pour ses visiteurs, chaque année de plus en plus nombreux.
Sarra Chaoui
 
 
Tayeb Mebarki et le ksar : Gardien du feu sacré 
Tayeb Mebarki est un citoyen engagé entièrement dans la bonne tenue, la préservation de la mémoire du patrimoine du ksar de Taghit et de son histoire. Amoureux et passionné par sa ville natale dont ses aïeux ont construit les fondations, il reste un farouche combattant de l’oubli et du désarroi. Armé de sa bonne volonté, polyglotte et engagé dans les Scouts musulmans, il répare, nettoie et collectionne les pans de l’histoire qu’il recolle et accroche dans le musée qu’il a lui-même construit au sein de sa demeure.
Dans les ruelles du ksar, dont les noms ont été attribués sur des pancartes et accrochées par Tayeb, au détour d’un tournant, dépassant la mosquée, un écriteau attire l’attention. Rédigé en arabe, il semble désigner l’emplacement d’une bibliothèque nommée Ahmed et Rabah, en mémoire à ses fondateurs. Un numéro de téléphone énigmatique est inscrit en dessous. Les curieux appelleront et trouveront un correspondant qui, dès la première sonnerie, décroche, l’air enjoué, ravi d’avoir de la visite. En moins de 5 minutes, il ouvre le sésame de cette caverne d’Ali Baba bien gardée. Dès l’entrée des lieux, l’on sent que l’on pénètre dans un antre où la mémoire vit et survit. A gauche, une bibliothèque pourvue de centaines d’ouvrages parlant de l’histoire de Taghit, du Sahara et du Sud à travers les temps est soigneusement rangée depuis des années. Y figurent aussi les donations de précédents visiteurs, des livres de toutes langues et d’auteurs du monde entier qui sont présentés sur les étagères étoffées de cette bibliothèque mystique. Accolée à elle, se trouve une pièce fermée à double tour. Seul Tayeb en possède la clé, c’est le lieu où il range toutes ses archives. Précieusement gardées à l’abri de l’humidité et des regards indiscrets, se trouvent dans des étuis en bambou les plans, les actes notariés et toute la documentation contant l’histoire de ce lieu vieux de plusieurs siècles. Jamais avare en précautions, Tayeb a pris le soin de numériser tout ce patrimoine qui fait sa richesse. Avec ses lunettes sur le nez, il lit des passages afin d’éclairer ses invités sur l’histoire du vieux ksar de Taghit.
Il explique que le nom de la ville Taghit signifie «pierre», car le ksar est construit sur de la pierre rocheuse mais il veut aussi dire «faille des montagnes». La maison a plus de trois siècles et c’est la maison de l’extérieur qui, précise-t-il, a bénéficié de plusieurs rénovations de sa part suite aux intempéries dans les années 2000.
Il est l’un des derniers habitants du ksar qui a été déserté par ses occupants, dont le dernier a quitté en 1989 pour des maisons plus modernes, à l’extérieur de l’enceinte de ce patrimoine.
Il s’attelle à collectionner tous les effets précieux et qui présentent un intérêt particulier à ses yeux et à ceux des futurs visiteurs des lieux. Rassemblant des objets et biens des anciens habitants qui veulent s’en débarrasser, il collectionne également les timbres qui sont sa passion.
Celui qui vient à Taghit sans pénétrer chez Tayeb aura, sans nul doute, raté toute une dimension de cette ville historique placée sur la route des ksour. Il garde, exposées sur les mus et sur des étagères de fortune, les pièces témoins du passé. Du temps de la colonisation, sont gardées cartouchières, morceaux de bombes et balles françaises. Est également retracée la vie des agriculteurs dans le ksar d’antan. Avec ses outils, les instruments pour son agriculture, les ustensiles de cuisine et plein d’objets indatables. Fossiles et morceaux d’archéologie ne manquent pas au rendez-vous ! Tout comme une collection des différentes couleurs du sable de Taghit. Afin de préserver ce musée de la mémoire de Taghit, Tayeb ne compte que sur ses propres moyens et sur les dons de bienfaiteurs. Il appelle à l’aide du ministère de la Culture afin de lui permettre de garder ce pan de l’histoire vivace. En plus de cela, une salle de projection de cinéma est présente dans la maison. Grâce à un mini-data show et assis sur des matelas moelleux, des vidéos amateurs sur les chants, musiques, us et coutumes de la ville sont projetées pour les curieux, amis et visiteurs.
Pour couronner le tout, la terrasse, aménagée en salle de cours, offre une vue à couper le souffle sur la palmeraie et les dunes ainsi que la mosquée du ksar. Tayeb y dispense bénévolement des cours de langues française et anglaise pour les jeunes enfants des environs.
Un ksar à vocation touristique
Aujourd’hui, le ksar est devenu un lieu d’activité touristique, utilisé par les enfants de la région. Leurs anciennes maisons ont été changées et rénovées en maisons d’hôtes pour accueillir les touristes qu’ils soient nationaux ou internationaux. Le ksar ne compte pas moins de 19 maisons d’hôtes, de toutes tailles et de différents conforts pour accueillir les visiteurs. A partir de 1.500 DA la nuit, il est possible de se loger au cœur de ce ksar vieux de 8 siècles et de profiter d’une expérience unique en son genre. Le froid est gardé au sein de l’enceinte grâce à l’architecture des constructions quand dans d’autres lieux, des ventilateurs sont proposés. Des tapis aux motifs berbères, des couleurs vives et chaudes tapissent les murs, et des instruments de musique décorent les lieux de chacune de ses maisons. Un vieux ksar qui nécessite une rénovation en certains de ces lieux, afin d’optimiser ses capacités touristiques et de préserver son cachet d’authenticité.
S. C.
 
 
Oasis de découvertes : Touristique, tout naturellement ! 
 
Taghit est un condensé d’aventures, de découvertes et d’activités touristiques par excellence. Cette oasis offre de nombreuses façons de la découvrir et ce, pour les grands et les petits. Dès le premier coup d’œil, le visiteur est déjà tenté de gravir les dunes interminables qui entourent la ville. Une, en particulier, attire touristes et habitants, qui se lancent le défi de gravir la plus grande dune de Taghit en un temps record. L’heure idéale pour le faire se situe juste avant le coucher du soleil et ce, afin de pouvoir admirer la ville et les dunes aux couleurs changeantes au gré du coucher de cet astre. Au pied de la dune, l’ascension paraît, au premier abord, aisée, la plupart décidant d’emprunter le chemin le plus facile, quasi linéaire en pente douce afin d’atteindre le sommet. Certains, plus malins, essaieront de suivre la courbure naturelle de la dune et de l’arpenter en l’attaquant de côté. D’autres, pas si sportifs, poseront leurs pas sur les pas des autres, ayant déjà frayé un chemin avant eux afin de prendre appui comme sur des escaliers. D’autres, sur les conseils de ceux plus haut, choisiront de naviguer de gauche à droite puis de droite àgauche pour faciliter leur ascension. Les plus téméraires, enfin, décideront de batailler contre vents de sables et petites dunes, tombant sur le chemin, glissant, se retrouvant à quatre pattes, mais se frayant eux-mêmes leur propre voie. Lors de l’ascension de cette dune, le temps est propice à la méditation, à la remise en question, à l’achèvement de défis personnels. «Est-ce vraiment nécessaire d’atteindre la fin de ce chemin ?», se diront certains alors qu’ils sont à mi-chemin. «La vue est déjà belle à cette hauteur,asseyons-nous là et admirons-la», se contenteront-ils. Mais, sur les encouragements des autres, entendant les cris de joie de ceux qui arrivent au sommet, voyantles yeux émerveillés des heureux finishers de la course contre soi-même, ils reprennent l’aventure. Ils se déchaussent et repartent vaillants gravir la montagne de sable. Une petite halte pour boire de l’eau, admirer le chemin parcouru, sans trop s’attarder au risque de dévaler la pente, et le sommet n’est plus qu’à quelques pas. Il suffit juste d’une dernière poussée d’énergie, un coup de fouet, un grand cri sorti de la poitrine et voilà que le sommet est atteint. Conquérants, vainqueurs, les autres dunes semblent si petites et lointaines, le soleil réchauffe les visages quand un petit fil d’air accompagné de sable les fouettent légèrement. Les cheveux au vent, les orteils en éventail, la contemplation de la ville n’est que meilleure. Derrière, l’immensité du désert et de l’erg occidental donnent envie de se perdre dans ce paysage désertique. Devant, le soleil couchant colore les habitations comme un pain doré sorti du four. Le silence alentour s’empare de toutes les personnes présentes et leur présence à proximité ne se fait plus sentir. Seuls, face au sable, au désert, à l’immensité, au vide, à soi. On se congratule d’avoir réussi à arpenter ses peurs, ses craintes, à avoir surmonté appréhension et obstacles psychologiques empêchant cette escalade. Regardant ceux qui essaient de monter encore, l’on se sent les rois du monde, dominant la ville et soi-même. Maître des éléments, admirant les derniers rayons du soleil qui laisse déjà place à une fraîche nuit. La descente, elle, ne fait peur à personne, elle semble même ridicule, si facile… Certains dévalent la pente à toute vitesse, au risque de se prendre les pieds dans le sable, d’autres optent pour de grandes enjambées certaines quand les plus insouciants se laissent rouler. Oubliant toute appréhension, ne craignant ni le sable ni lesbleus et laissant seulement libre court à leur envie de liberté.
Auprès du feu…
La nuit tombée, des feux de camps sont allumés çà et là, des jeunes chantent l’amour et la liberté et les étoiles viennent danser jusqu’au petit matin. Ici, la contemplation des constellations est idoine, nulle pollution de quelque nature qu’elle soit, ni lumineuse ni autre. Aucun voile obscurcissant les pensées ou la voie lactée. Les yeux dans les étoiles ne sont décrochés que quand la réalité nous rattrape avec un rocher qui nous remet bien les pieds sur terre. Un petit bleu sur la jambe et un pansement plus tard, il est maintenant temps de dîner à la belle étoile. Le froid s’installant, la chaleur du feu réchauffe les os quand le thé illumine l’âme. Ce soir, le repas sera cuit non pas sur le feu mais dans le sable, à l’étouffée.
Le pain et la viande d’agneau sont ensablés, avec des cendres, du bois incandescent, les faisant cuire à petit feu avec la chaleur ambiante du sable. Le temps de la cuisson, du thé accompagné de cacahouètes sont dégustés au clair de lune, avec de la musique diwane en fond sonore. Le monde est fait et défait, les projets d’avenir exposés et la volonté de s’installer au Sud unanime dans l’assemblée. Le repas cuit est sorti du four de fortune, on enlève le sable grossièrement et voilà que le pain croustille sous les dents, lui apportant une saveur unique et particulière. La viande, elle, est tendre, comme jamais goûtée auparavant, elle fond en bouche comme une douceur. C’est le ventre repus et les étoiles pleins les yeux que les aventuriers se couchent pour continuer leur expérience de Taghit. Le soleil s’est levé en même temps que le vent en cette journée de mars. Hors de question de sortir sans lunettes de soleil, ni chèche. Aujourd’hui, direction un lieu hors du commun, au milieu du désert, pour faire une activité pour le moins surprenante au Sahara. En avant pour le lac, situé à quelques kilomètres du centre-ville, pour faire du kayak !
Du kayak au milieu du désert
Après les paysages de dunes et les palmeraies bordant la route, voici, au milieu de nulle part, un lac sorti comme d’un autre monde. Profond de plus de 15 mètres, entouré de palmiers, son eau est propice aux activités nautiques. Des jeunes de la région proposent d’ailleurs des kayaks à la location. Vêtus de gilet de sauvetage et armé de pagaies, voici que l’on s’élance au milieu de ce lac. La surface de l’eau est calme et reflète les couleurs vertes de la verdure l’entourant et de la flore l’habitant. A coup de rames, on découvre ses moindres recoins, en solo ou à deux. Le silence est brisé à quelques endroits par des cris de personnes manquant se retrouver à l’eau suite à une mauvaise manœuvre ou un manque d’équilibre. Cette escapade aquatique au milieu du désert semble irréelle. Et pour se sentir au milieu du désert, rien de mieux qu’une petite virée à dos de dromadaire ou de chameau pour les plus téméraires. Les bêtes, sagement assisses, sont impressionnantes de par leur taille et leur selle. Se cramponnant bien à la pomme de la selle, le voyageur domine les autres et vit une expérience inédite. Ce nouveau regard, en prenant de la hauteur, permet de remettre les choses bien dans leur environnement. Ce tour de chameau terminé, et le vent soufflant toujours aussi fort, le temps est idéal pour s’aventurer plus loin dans les poussées d’adrénaline. Avec un cœur bien accroché, le corps sanglé et l’esprit libéré, certains s’élancent du haut des dunes en parapente ! Un spectacle à couper le souffle tant pour la personne vivant le moment que pour ceux l’observant au loin. Dominant dunes et ville, léger comme un oiseau, le sportif prend son élan et saute sans aucune retenue.
Un voyage dans le temps
Confiant, il survole les environs avec un regard lointain sur le désert interminable et se pose à quelques mètres de là, sur un site de gravures rupestres. Ce site préhistorique change totalement le décor de la scène. Plus de dunes ni de palmeraies à l’horizon. Un paysage marsien se déroule aux pieds des touristes. Du sable à perte de vue aux couleurs pourprées, des pierres et rochers en amas et enfin, en face, un monticule énorme de roches datant de la préhistoire. Ce bijou du patrimoine est, aussi fou que cela puisse paraître, laissé à la portée de tout un chacun. Nulle personne pour le protéger ni de barrière pour le préserver. Pire encore, les gravures rupestres cohabitent avec les graffitis contemporains. Deux traces de deux hommes d’époque bien lointaines, qui communiquent entre eux. A côté des gravures d’animaux préhistoriques ressemblant à des autruches, des girafes et rappelant que cette partie du monde est le berceau de l’humanité, se situent des inscriptions de prénoms. Nassim par ici, amour par-là, une date griffonnée de ce côté. Un terrible drame pour la conservation de ce patrimoine de l’humanité qui a été déjà bien amoché par les affres du temps et les caprices de la météo. Gravir les rochers est tentant et la majorité des personnes le fait, ce qui explique la présence, devant des yeux incrédules, d’immondices et de déchets comme pour emballer ces gravures. Un trésor qu’il est urgent de protéger et de préserver au risque de le voir s’effacer sous les ordures ou les peintures contemporaines.
S. C.