Tamanrasset se métamorphose : Des capacités à la mesure des ambitions  

Tamanrasset n’est pas une wilaya comme les autres. Pas uniquement à cause de son immense superficie qui dépasse celle de nombreux Etats. Elle se trouve dans une région sensible qui oblige les pouvoirs publics à lui accorder davantage d’intérêt d’autant plus qu’elle est une des portes qui ouvre le pays sur l’Afrique subsaharienne. Sa profondeur stratégique est indéniable.

La ville « rouge » n’est plus ce qu’elle était. Elle n’est plus une simple halte sur la route de touristes ou des migrants qui remontent vers le Nord .  Elle s’est agrandie  et rêve de se développer davantage. Les besoins dans tous les domaines (éducation, santé, emploi sont immenses. Dans un entretien, le wali nous brosse un tableau de ces attentes et évoque les créneaux ou la région peut réaliser ses ambitions.
Dans cette fascinante contrée, les signes du changement sont multiformes mais les potentialités notamment dans les domaines du tourisme et de l’exploitation des minerais dont regorgent ses sous-sols   restent inexploitées. Leur exploitation autorise tous les rêves d’un meilleur avenir …
Exploitation de l’or : Le rêve perpétuel des jeunes
L’or est le métal précieux le plus emblématique et très adulé des jeunes, notamment à Tamanrasset. De jeunes algériens et d’autres venus du Tchad, Mali et Niger pour prospecter dans l’or. Cette exploitation anarchique est très étudiée et planifiée par ces jeunes. Ces activités illicites croissantes et cette ruée sur ce minerai, provoquant la dévastation des ressources et un préjudice à l’environnement, dénonce Amir Lahlou, président de l’association «Préservons nos richesses». Devant cette anarchie, le gouvernement a offert aux jeunes l’opportunité  de constituer des coopératives pour prospecter et exploiter des mines d’or. Ces coopératives se verront attribuer des périmètres pour la prospection artisanale de l’or. Ainsi, la collecte et le traitement de ce minerai  extrait seront assurés par l’Entreprise d’exploitation des mines d’or (Enor) et les jeunes des coopératives seront rétribués. La prospection se fera en toute légalité, ce qui permettra de mettre fin à l’exploitation anarchique et à la contrebande de l’or. À travers cette démarche, l’Etat accompagnera ces jeunes par la formation, mais également en mettant à leur disposition les moyens techniques nécessaires.
Plus de 4.500 orpailleurs illégaux arrêtés 
Dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée, les éléments de la Gendarmerie nationale de Tamanrasset ont intercepté en dix mois, 243 Algériens orpailleurs et 4.341 africains issus du Tchad, du Niger, du Burkina Faso, du Bénin, du Sierra Leone et du Soudan. Lors de ces opérations distinctes menées à Tamanrasset/6eRM, les éléments de la Gendarmerie nationale de Tamanrasset ont saisi une quantité de la pierre extraite de l’or estimée à 748,190 tonnes, 180 véhicules et camions ayant transporté la pierre, 75 motos, 2.635 marteaux piqueurs, 4.408 groupes électrogènes, 64 pompes à eau, 82 détecteurs de métaux, 553 grammes de mercure, est-il précisé. Par ailleurs, les éléments de la gendarmerie ont traité 599 affaires et 739 autres affaires liées à la contrebande des produits subventionnés (farine, huile, carburant). À cet effet, 3.868 personnes ont été arrêtées, 3.433 véhicules et camions saisis. En détails, 56,31 tonnes de farine et pâtes ont été saisies, 130.617 litres d’huile végétale, 394.476 litres de carburant saisis.
Grande foire économique : Le 35eAssihar maintenu
En raison de la pandémie, plusieurs opérateurs économiques craignent le report ou encore l’annulation de la 35e édition de l’Assihar. Cependant, le wali de Tamanrasset, Mustapha Guerriche, rassure que le rendez-vous aura bel et bien lieu du 25 décembre au 8 janvier. La manifestation est organisée sous le haut patronage du président de la République. Plusieurs opérateurs économiques ont confirmé leur participation. Les préparatifs sont en cours pour organiser cette manifestation économique de dimension africaine appelée à donner une impulsion aux échanges commerciaux entre l’Algérie et les différents pays africains, a précisé le wali. Le responsable dévoile que l’Assihar va désormais inviter, chaque année, un pays africain. Pour la prochaine édition, le Niger a confirmé sa participation. Autrement dit, les Nigériens vont venir exposer leurs produits. En parallèle, les investisseurs algériens viendront vendre aussi leurs produits. Notre but est de créer une plateforme logistique. Cette démarche va inciter les investisseurs à venir», affirme le wali avant d’assurer que toutes les dispositions sont prises en vue d’assurer le bon déroulement et le succès de cet important rendez-vous économique qui devra insuffler une dynamique économique dans la région.
Tamazight : Un enseignement en évolution 
Abdellah Saddiki est enseignant de tamazight à Tamanrasset. Partant d’un constat sur le terrain, il estime que l’enseignement et l’apprentissage de cette langue  a connu une évolution au niveau des écoles de la wilaya. Ce développement se reflète par l’accroissement du corps enseignant de Tamazight, passant de trois instituteurs il y a une dizaine d’années au niveau de deux établissements seulement, à 50 enseignants. Mieux encore, dit-il, la wilaya de Tamanrasset s’enorgueillit d’avoir un département de la langue et la culture amazigh qui a plus de 50 étudiants. Pour ce spécialiste, il y a véritablement un progrès de cet enseignement notamment à Tamanrasset, In Guezzam et Tin Zaouatine. Il affirme que la langue amazigh est enseignée dans trois niveaux primaires et secondaires et aussi au lycée. Il confie que la directrice de l’éducation de la wilaya de Tamanrasset a encouragé l’enseignement de cette langue cette année, elle a accordé plus de 20 postes contractuels. Elle ambitionne de généraliser cette opération dans toute la wilaya. Parmi les difficultés rencontrées, Saddiki n’a pas manqué de dire que les enseignants rencontrent des difficultés comme les manuels, surtout que la langue amazigh est enseignée avec les caractères tifinagh. À cet effet, les enseignants  proposent son intégration dans le GSD (groupe scolaire didactiques). Il a soulevé aussi les problèmes de la facultativité de la langue, à travers l’obligation de son enseignement et sa généralisation. Cet enseignant affirme que l’enseignement de Tamazight à Tamanrasset est meilleur par rapport aux autres wilayas limitrophes comme Illizi,  Adrar, Béchar ou encore Tindouf. Il a, par ailleurs, évoqué les projets de développement local qui n’ont  pas profité à la population.  Surtout, cite-t-il,  qu’il y a un manque dans le réseau de distribution d’eau potable, récurrent problème dans certains villages de la wilaya, des difficultés aussi dans les réseaux de communication. Même si les statistiques ne sont pas réunies. Il mentionne aussi la construction illicite qui enlaidit la ville. Dans ce sens, il fait savoir que des responsables locaux n’ont pas présenté leur bilan depuis quatre ans. «Le maire et des responsables administratifs sont totalement absents», dénonce-t-il.
Coronavirus : Le taux de vaccination est de 23%
Le directeur de la santé et de la population (DSP) de Tamanrasset, Mustapha Zenagui, a révélé que le taux de vaccination contre le coronavirus avoisine les 23%  de la population locale. À cet effet, il  lance un appel en insistant sur l’importance de la vaccination, seule solution pour lutter contre laCovid-19. «Nous sommes en décalage par rapport aux wilayate du Nord. Lorsque les régions du Nord font une décrue, nous enregistrons une décrue après un certain laps de temps par rapport au déplacement de la population et à l’éloignement», ajoute la même source.  DrZenagui n’a pas manqué de dire que l’ensemble des malades hospitalisés sont non-vaccinés.  Six malades ont été admis à l’hôpital de Tamanrasset en situation de désaturation et deux autres cas ont été hospitalisés à Aïn Salah. La prise en charge est optimale au vu des moyens nécessaires pour faire face à cette crise sanitaire. «Nous avons suffisamment de lits», poursuit-il. Quant à la quatrième vague il se dit confiant surtout que la wilaya de Tamanrasset dispose suffisamment d’oxygène médical avec une quantité de stockage estimée à 10.000 litres. Au niveau de la maternité, on compte 5.500 litres et 5.000 à Aïn Salah. Deux générateurs d’oxygène ont été acquis par l’hôpital de Tamanrasset. Concernant les concentrateurs d’oxygène, le ministère de la Santé a fait une donation de 20 équipements et une autre donation du wali de Tamanrasset. Quant aux générateurs d’oxygène, deux bienfaiteurs ont fait une donation. La première,  faite par Lounis Hamitouche, P-dg de la laiterie Soummam. Le premier générateur d’oxygène est d’une capacité de 60 mètres cubes par heure. Un second donateur de la wilaya a fourni un autre générateur d’une capacité de 30 mètres cubes. «Nous avons cumulé 90 mètres cubes par heure. Ces installations développent jusqu’à 3.000 litres par minute.» «Les deux générateurs nous ont permis d’être autonomes par rapport aux évaporateurs à l’oxygène liquide qui nous vient de la wilaya d’Ouargla. Ces générateurs sont installés et  mis en marche», a-t-il indiqué.
Des tombolas pour inciter la population à se vacciner
La wilaya de Tamanrasset a mis le paquet pour inciter la population locale à aller se faire vacciner massivement, notamment en cette 4e vague qui se s’annonce avec l’augmentation des cas de contaminations. «Nous avons organisé par le passé, une tombola avec des prix alléchants au profit de plus de 6.500 citoyens. Nous initions  une deuxième tombola prévue ces jours-ci. Le premier prix décrochera une cagnotte de 50 millions de centimes et pour le deuxième prix, un voyage d’une Omra pour deux personnes», annonce le wali de Tamanrasset, Mustapha Guerriche.
Sensibilisation sur les risques du monoxyde de carbone : La Protection civile cible l’éducation et la formation professionnelle
La direction de la Protection civile de la wilaya de Tamanrasset a organisé vers la mi novembre des journées de sensibilisation aux moyens de prévention des risques d’asphyxie au monoxyde de carbone (CO), a-t-on appris du DPC de cette région, Abdelmalek Ben Krima. «Nous n’avons aucun cas de décès lié à l’asphyxie par le monoxyde de carbone», a-t-il déclaré. Le capitaine Hachemi Guendouz, responsable de la prévention à la DCP de Tamanrasset a indiqué que cette campagne de sensibilisation fera bénéficier les établissements scolaires, dans les trois paliers et la formation professionnelle. Cette campagne a pour objectif de sensibiliser les écoliers et les élèves de la formation professionnelle aux dangers de l’asphyxie au monoxyde de carbone pour réduire les accidents et éviter les pertes humaines. Cette opération touche trois wilayas: Tamanrasset, In Guezzem et Aïn Salah. Il s’agit également de sensibiliser en donnant une image claire et simplifiée sur les éventuels risques du monoxyde de carbone sur la vie du citoyen, si les conditions et les instructions ne sont pas respectées, à travers des images et des dépliants. Le capitaine Guendouz fait savoir que l’absence de cas d’asphyxie est due essentiellement à la faible utilisation de la population locale du gaz et aux appareils de chauffage.
De notre envoyée spéciale Samira Sidhoum

Mustapha Guerriche, wali de Tamanrasset : «Encourager le tourisme et diversifier les investissements»

 Mustapha Guerriche est wali de Tamanrasset depuis septembre 2020. Il assure œuvrer à la poursuite de l’effort de développement de la wilaya avec l’implication de toutes les parties qu’il a d’ailleurs invité à l’aider à la concrétisation des objectifs escomptés.
Quel état des lieux faites-vous de la wilaya de Tamanrasset?
La wilaya de Tamanrasset est considérée comme un microcosme de la situation dans laquelle se situe notre Etat en termes de politique publique et de réalisations sur le terrain dans le cadre de la profonde mutation que connaît l’Algérie en termes de mode de gestion et d’approche économique du programme du président de la République. Après deux ans de mise en œuvre des directives pour la prise en charge nécessaire des quartiers défavorisés qui s’inscrivent  dans le cadre du programme de développement des zones d’ombre, nous travaillons actuellement sur une nouvelle approche du développement local à orientation économique. La dimension africaine de la ville de Tamanrasset s’affirme de plus en plus, notamment après l’ouverture des frontières par arrêté des hautes autorités du pays, ainsi que l’organisation de la foire d’Assihar, programmée le 25 décembre 2021, qui est une fête économique qui vise à encourager les investissements ainsi que le tourisme.
Pour rester dans le cadre économique, quelles sont les contraintes que la wilaya doit surmonter?
Comme je l’ai dit précédemment, Tamanrasset fait partie de l’Algérie, les contraintes qu’il faut surmonter sont surtout celles liées à la bureaucratie. Nous travaillons sur la numérisation locale et sur une approche économique des projets de développement. Il s’agit de faciliter et accélérer les procédures, de changer les mentalités et de développer les moyens humains pour suivre le rythme économique et scientifique.
Justement quel est l’atout majeur de Tamanrasset pour son développement. Est-ce le tourisme, l’or, les hydrocarbures ou bien l’énergie solaire?
La wilaya de Tamanrasset a des traditions anciennes et profondes, bien ancrées dans le secteur touristique. Ce dernier est d’un grand potentiel susceptible d’augmenter les revenus locaux. Quant au nouvel aspect lié au secteur minier, sur lequel nous travaillons actuellement pour l’augmentation des investissements, en particulier dans le domaine de l’exploitation des capacités minières en plus de la nouvelle expérience liée à l’extraction de l’or en responsabilisant les jeunes de la région dans le cadre des zones de recherche à titre expérimental. Nous espérons augmenter le nombre de ces zones, les étendre et travailler à leur développement. Pour l’énergie solaire, considérée comme une énergie respectueuse de l’environnement, nous œuvrons actuellement à généraliser son exploitation, notamment dans les zones reculées. In fine, il faut développer la région par une diversification économique.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné, en été dernier, son accord pour la composition d’une délégation ministérielle regroupant les représentants des secteurs à même de contribuer à trouver des solutions pratiques au dossier du chômage dans les wilayas du sud du pays. Comment est justement pris en charge ce volet sur le terrain?
 Nous travaillons actuellement en coordination avec les différents secteurs concernés à l’attribution de nouveaux postes financiers dans le cadre de la Fonction publique, notamment avec la nouvelle division administrative, ainsi qu’à l’attribution d’un pourcentage d’employés dans les régions pétrolières pour les jeunes de la wilaya.
L’eau pose un problème aujourd’hui. Peut-on connaître la stratégie adoptée pour une distribution optimale? Et est ce que l’utilisation traditionnelle est toujours de rigueur?
Comme la plupart des wilayas, le problème de l’eau a deux côtés. L’aspect gestion avec le manque d’entretien et les branchements illicites, et un autre aspect lié à la quantité d’eau et à la sécheresse qui a frappé la région pendant longtemps, qui a affecté les réserves ce qui a eu des répercussions sur les régions éloignées de la ville de Tamanrasset. Cette dernière est approvisionnée en eau à partir d’Ain Salah. Malgré cela, le taux d’alimentation est de 97% pour les villes alors que la couverture des zones d’ombre est estimée à 70%.
Le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Kamel Nasri, avait annoncé en février dernier un programme supplémentaire d’habitat rural constitué de 1.000 unités pour la wilaya. Où en êtes-vous dans la réalisation de ces projets?
En effet, la wilaya  a bénéficié d’une quote-part supplémentaire pour l’habitat rural. C’est une subvention pour s’occuper des zones d’ombre, qui a été répartie entre les communes de la wilaya pour couvrir les villages reculés et les zones d’ombre. En ce qui concerne les logements publics locatifs, 947 unités sont prêtes à la distribution, 449 sont achevées et 498 autres sont en cours de finalisation
Revenons si vous permettez au tourisme qui est la vocation principale de la wilaya. Quelle est votre approche pour le développer?
Notre tourisme, celui qui est immédiatement consommable, profite des nouvelles tendances qui s’affirment dans le monde, celles d’un tourisme d’aventure, de découverte, écologique, loin des rumeurs et des fureurs du monde. Notre Sahara, considéré comme le plus beau désert du monde, nous permet de booster tout l’arc touristique. Aujourd’hui, le nombre de touristes est en croissance constante. La wilaya de Tamanrasset a une longue tradition dans ce domaine. Compte tenu des possibilités, nous travaillons actuellement à la promotion et au développement de l’activité en fournissant les installations nécessaires à tous les projets d’investissement tout en encourageant les agences de voyage à participer à diverses expositions internationales en plus de former leurs cadres pour améliorer la qualité des services. Nous œuvrons également à améliorer l’esthétique de la ville en embellissant les rues par des mosaïques qui reflètent le passé préhistorique et culturel de la région. Il ne faut pas aussi oublier que Tamanrasset est considérée comme la porte d’entrée de l’Afrique, et nous travaillons actuellement à la préparation de l’Assihar 2021, qui sera un moyen d’encourager le tourisme intérieur. Il est aussi question d’augmenter les investissements locaux dans l’activité touristique en attirant les hommes d’affaires et en travaillant pour fournir un environnement économique et administratif confortable. Récemment une délégation de Tour operator russe a visité la wilaya. Une visite au cours de laquelle elle a été informée de tous les aspects liés à la prise en charge des touristes. Elle a aussi eu à constater de visu et à apprécier les capacités touristiques de la région. Nous espérons que nos produits touristiques seront commercialisés en Russie comme à l’étranger.
Qu’en est-il des capacités d’accueil des touristes?
Nous avons récemment inauguré l’Hôtel Mouflon D’or, en attendant de recevoir 3 autres projets, ce qui va porter les capacités de la wilaya à 18 établissements hôteliers. D’un autre côté nous œuvrons aussi à encourager l’industrie traditionnelle considérée, à juste titre, comme partie intégrante du tourisme. Nos artisans ont démontré leur professionnalisme. Ils ont fait connaître leurs produits de par le monde. Nous travaillons actuellement pour les encourager et les commercialiser au niveau national.
Que souhaitez-vous comme perspectives pour les futurs élus de la wilaya?
Dans le cadre de la démocratie dont jouit l’Algérie, nous espérons que les futures assemblées locales et de wilaya soient à la hauteur des aspirations des habitants de Tamanrasset.
Entretien réalisé par Samira Sidhoum