Théâtre professionnel : «Safaka», une expérience innovante

Pour la 3e journée de compétition au Festival national du théâtre professionnel (FNTP), la troupe du théâtre Kateb-Yacine de Tizi-Ouzou a présenté, dimanche, au TNA, la pièce « Safaka » (transaction), mise en scène par Haider Benhassine, sur un texte de Mahi Benamara.  

L’œuvre traite de  la résistance de l’art et de l’artiste au capitalisme aveugle. Une communauté d’artistes voit son quartier convoité par une entreprise pétrolière qui voudrait y  implanter un mégaprojet à la place des habitations. Un bras de fer commence alors entre elle et quelques «résistants» qui tiennent à leur mode de vie et à leur quartier. « Safaka » est un théâtre dans un théâtre. En effet, la pièce représente une séance de répétition d’une troupe théâtrale. En même temps que la pièce se joue, le metteur en scène met en évidence les coulisses. Le public peut, en suivant le jeu des acteurs, observer l’arrière-scène où d’autres personnages évoluent indépendamment de la scène principale. La pièce  montre le combat mené par Tadj (Ramzi Achour), musicien atteint d’une  maladie incurable, Hasna (Nait Abderrahmane Soraya) et son mari  Hassan (Ahmed Makhlouf), un couple de peintres, et Djawhar (Younes Hammoum), pour garder leur maisons et contrer la détermination de Fouaz le PDG (Malek Fellag) et son avocat (Yazid Keroui) décidés à déloger les artistes.

Mais ils doivent convaincre leurs voisins, Nahat (Adel Ouhab) et Na Baya (Dalila Azarouil), de ne pas céder à la tentation de l’argent et rester solidaires avec leurs amis face à la menace d’expropriation. Tout au long du spectacle, les comédiens montrent ce double rôle qu’ils campent, celui du personnage de la pièce et celui du comédien qui répète la pièce. Des retours sur des séquences, des redites, des répétitions d’instants du jeu, permettent de différencier entre les deux rôles.Le débat qui  a suivi  la pièce arévélé que l’œuvre de Benhassine, s’inscrit dans un projet pédagogique et innovant, initié par le théâtre Kateb- Yacine. Tout au long du projet, une critique théâtrale, Fariza Chemakh, effectue un suivi critique de chaque étape de la production. Selon elle, «le texte est un texte classique qui aurait pu être interprété de manière tout aussi classique». «Mais ce genre expérimental permet d’encadrer les comédiens au long du processus pour qu’ils puissent donner au public un spectacle et pour leur permettre de prendre conscience de leur présence sur scène», a-t-elle expliqué. C’est un projet de formation et de production en même temps, qui distribue des comédiens qui, pour la majorité, jouent pour la première fois dans une production professionnelle. Le projet consiste également à débattre de tous les aspects du projet (technique, travail des comédiens, du metteur en scène, chorégraphie, musique). Cet accompagnement permet, selon Chemakh, de voir au fur et à mesure, les manquements et les corrections qui doivent être apportées.  

L’universitaire et critique Ahcen Tlilani a exprimé sa satisfaction en qualifiant  le travail d’innovant. «Le  théâtre n’est pas soumis à un genre bien précis, mais  peut être un mélange de genres variés, et ce genre d’expériences peut apporter un plus au travail théâtral dans notre pays», a-t-il soutenu. 

Tous les  comédiens ont, durant le débat, répondu aux questions des élèves de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (Ismas) qui,  depuis le début du festival,  ne ratent aucune représentation et discussion.

Hakim Metref