Timimoune : Terre de sable et de sang

Difficile de mener une guerre en plein désert où il n’y a ni arbre ni pierre pour s’abriter. A Timimoune, le défi a été relevé par ses valeureux martyrs, et ils ont réussi à se défendre contre un ennemi sans foi ni loi dont le seul objectif était d’anéantir la région et de confisquer ses richesses. Djemai Boumaaraf, directeur des moudjahidine de cette wilaya fraîchement instaurée, raconte à Horizons l’histoire révolutionnaire de la région, laquelle s’est distinguée par une lutte ingénieuse qui a épaté plus d’un.

Le Gourara constitue une région stratégique de par ses dimensions commerciales notamment avec le Soudan. Il est considéré comme la porte de l’Afrique tant ses atouts géographiques sont très attrayants. C’est là où l’Erg occidental est plus visible. D’où son statut historique connu et reconnu par toutes les nations qui ont de l’admiration pour les peuples ayant farouchement préservé leurs territoires. En 1956, la France coloniale s’oriente de plus en plus vers le Sud en raison de ses richesses pétrolières. Elle a donc mis en place ses premières firmes pétrolières dans la région de l’Erg et dans le secret le plus absolu. Et c’est là où a été adopté le projet de séparation du Sahara du nord algérien. Le général Charles de Gaulle a été l’instigateur de cette démarche, mais les révolutionnaires algériens n’étaient pas dupes. Ils ont vite décelé ce plan et ont tout fait pour que cette question ne soit pas un objet de chantage dans le cadre des accords d’Evian. La direction du mouvement national dans le Sud dont Ahmed Okbi et tant d’autres leaders ayant activé dans les régions du Sahara, avait pris les devants. Elle a donné l’ordre d’intégrer les groupes des «méharistes», formés par la France pour servir ses intérêts, parmi les rangs de l’ALN. C’étaient de vrais combattants maîtrisant parfaitement les rouages du Sud. Ce fut le cas quand la lutte fut déclenchée dans le Sahara sur instruction de la direction du Nord. La région, considérée comme le paradis des Français, a connu, en effet, ses premières mobilisations en 1956. L’intifada Hassi Esaka, qui a eu lieu le 15 octobre 1957, a été marquée par l’élimination de huit soldats français chargés de surveiller un site pétrolier et par la récupération d’une grande quantité d’armes. En guise de riposte, la France coloniale a décidé d’envoyer le sanguinaire Marcel Bigeard au Sud algérien pour en finir avec ces «méharistes» considérés comme des traîtres.
Intervient ensuite la grande bataille de Hassi Ghambou  en novembre 1957 qui avait brisé à jamais l’enthousiasme de Bigeard et ce par une défaite cinglante. En tout, Timimoune a connu 14 grandes batailles historiques. Marcel Bigeard, qui avait multiplié les pôles de contrôle dans les wilayas limitrophes et engagé plus de 1.500 soldats dans la région a subi une cuisante défaite. Timimoune, indique le directeur des moudjahidine, compte de nombreux martyrs et de valeureux moudjahidine. C’est une wilaya révolutionnaire exceptionnelle à laquelle viennent se greffer les triomphes de l’Erg algérien. Il nous invite d’ailleurs à visiter un lieu appelé Hassi Bou Khelala situé dans la commune de Tinerkouk, une terre qui a été le théâtre des condamnations à mort décidées par Bigeard et dont l’évocation fait toujours pleurer les habitants de la région. Djemai Boumaaraf tient à préciser que Timimoune a un passé historique profond que nul ne peut nier. Preuve en est, son combat sans relâche qui a brisé définitivement le projet de la séparation du Sahara du Nord algérien dans le cadre des accords d’Evian.
Des festivités non-stop au programme
Concernant la célébration du 60e anniversaire de l’indépendance du pays, Timimoune tient aussi à lui donner un cachet particulier. Le directeur des moudjahidine affirme que la région vivra au rythme des festivités pendant toute l’année, comme l’a décrété le président de la République. Le programme concocté pour l’occasion est scindé en deux chapitres, l’un concerne le volet historique et l’autre aborde les vecteurs de développement local. La commission de wilaya chargée des festivités s’est d’ailleurs réunie plusieurs fois, indique notre interlocuteur. Pour instaurer de nouvelles cultures dans cette nouvelle wilaya, la région devra vivre les 4 et 5 juillet des journées mémorables. Les dix communes que compte cette wilaya ont préparé des programmes distincts, dans le but de valoriser les acquis révolutionnaires de Timimoune. Sur instruction du wali, toutes les ruelles principales de la wilaya seront le théâtre d’expositions artistiques et de manifestations sportives et culturelles. Toutes les directions sont concernées par ces célébrations non-stop et que le citoyen doit vivre dans la joie et la sérénité. L’objectif est de présenter cet événement sous une édition qui soit à la hauteur des attentes et des sacrifices des chouhada.
L’oasis rouge devra ainsi briller de mille feux pendant plusieurs jours à travers des scènes folkloriques qui seront animées par les groupes Ahallil. L’événement phare du 5 juillet concerne l’inauguration du cimetière des martyrs, complètement rénové sur décision du wali de Timimoune. De nouvelles fresques ont été réalisées aussi sur les murs de la ville en vue d’illustrer les combats de la région en plus des programmes médiatiques qui devront accompagner cet événement tout au long de la première semaine de juillet. Le wali procédera également à l’inauguration d’une vingtaine de projets de développement.
De notre envoyée spéciale : Karima Alloune