Tipasa : Forte augmentation du niveau des barrages 

En l’espace de 12 jours seulement, soit du 03 au 14 novembre, le bassin versant du barrage de Boukerdène à Sidi Amar, wilaya de Tipasa, a enregistré une pluviosité cumulant plus de 300 millimètres (mm), soit la moitié de la moyenne annuelle de la wilaya généralement estimée à 600 mm. Résultat, le niveau du barrage a fortement augmenté, passant de quasiment 0 m3 le 15 septembre dernier à 500.000 m3 le 07 de ce mois à 5,5 millions de mètres cubes actuellement.

«Après deux années d’un manque drastique de précipitations, ce dernier épisode pluvieux a fortement augmenté nos capacité de mobilisation d’eau potable » affirme Ali Benbadi, directeur des ressources en eau à Tipasa. En chiffres, l’actuelle capacité du barrage de Boukerdène peut assurer un apport en eau sur huit mois à raison de 20.000m3/j. Afin d’optimiser le débit du remplissage du barrage, la station de refoulement du oued Nador a été remise en service. « On dénombre cinq bras, dont les eaux ne se jettent pas dans le barrage. Ils convergent en aval du barrage pour alimenter l’Oued Nador qui se déverse à la mer au niveau de Chenoua » clarifie le même responsable. Pour récupérer ce volume, l’équipement de pompage, dont la station de refoulement de Nador, a été remis en activité après le renforcement de la puissance électrique qui l’alimente. En effet, réalisée en 2002, la station de refoulement en question a cessé d’être opérationnelle en 2018 à cause de problèmes techniques. « L’eau refoulée vers le barrage à partir de cette station est de 2700m3. L’autre barrage de la wilaya, Kef Eddir en l’occurrence, situé à Damous, son taux de remplissage est de 70% soit un volume stocké de l’ordre de 85 millions de mètres cubes. « On procède souvent à des lâchers, sinon son niveau sera plus important » indique Ali Benbadi. Déjà, le 07 novembre dernier Keff Eddir a reçu une quantité de 12 millions de mètres cubes. Cela dit, les raisons de ces lâchers sont liées à l’implantation d’une petite bourgade dans la zone du périmètre du barrage du côté de la wilaya d’Aïn Deffla et qui risque l’inondation en cas de remplissage de Keff Eddir. Selon le directeur des ressources en eau à Tipasa, les procédures pour le recasement des familles qui y vivent sont bien avancées. Désormais, le problème ne se pose plus, puisque les 53 familles, habitant la bourgade en question, à savoir Haï Keff Eddir à Souk El Thnine, commune de Tachta, ont été relogées, le 21 novembre dernier, dans une nouvelle cité, selon un communiqué de la wilaya de Ain Deffla.
Les eaux de la nappe phréatique se reconstituent
Il faut savoir que les eaux lâchées depuis le barrage de Boukerdène, servent en partie à l’alimentation des cours d’eau de la partie de l’extrême ouest de la wilaya de Tipasa et la reconstitution des eaux souterraines, dont le bénéfice n’est pas négligeable pour l’agriculture locale ayant souffert du stress hydrique depuis ces dernières années, surtout lorsque l’on sait qu’à Damous et Gouraya sont réputées à l’échelle nationale pour leur potentiel en culture sous serre. Actuellement, le barrage de Keff Eddir n’est pas encore entré en service. «Normalement avant le terme de l’année prochaine une partie du projet de transfert des eaux à partir du barrage de Keff Eddir sera réceptionnée. Ce qui permettra d’alimenter en première phase du projet les communes de l’extrême ouest qui connaissent une véritable pression en termes d’AEP, à l’instar de Beni Milleuk » prévoit le responsable en question. En effet, le projet de transfert des eaux à partir de Keff Eddir a été accordé à l’entreprise publique Cosider Canalisation. Il consiste en la réalisation d’une grande station de traitement d’une capacité de 100.000 M2/J, de la pose de 110 km de canalisations, de 11 stations de pompage et 13 châteaux d’eau. C’est un projet structurant, grâce auquel la production en eau dans la wilaya sera très importante et en mesure de répondre à la demande »,  observe le responsable. Concernant toujours l’impact du récent épisode pluvieux, Ali Benbadi estime que le niveau piézométrique de la nappe phréatique a augmenté, signe de l’amorce du processus de la reconstitution des eaux souterraines de la wilaya qui bien évidement nécessite beaucoup de précipitation pour retrouver un niveau acceptable après les dernières années marquées par un stress hydrique. « Nous avons remarqué que le débit de cinq forages a augmenté de 30 jusqu’à 50%. Deux parmi eux sont opérationnels après l’épuisement de leur ressource alors que trois, dont le taux de salinité a très sensiblement diminué » donne-t-il comme exemple.
Stress hydrique : Les talwegs pour atténuer les effets 
A l’instar des autres régions du pays, la wilaya de Tipasa a dû faire face ces dernières années à un stress hydrique qui a fortement impacté les exploitations agricoles, à telle enseigne que l’irrigation d’appoint est devenue une condition sine qua non pour que la récolte ne soit pas compromise. Certes, les dernières fortes précipitations ont redonné de l’espoir aux Fellahs de la wilaya, dès lors qu’elles surviennent à un moment crucial de la campagne agricole et contribueront sûrement à la reconstitution des eaux souterraines, dont le niveau piézométrique a sensiblement baissé. Tipasa qui dispose d’une surface agricole utile (SAU) dépassant les 61.800 ha, dont 32%, soit plus de 19.700 ha, sont répartis dans de deux grands périmètres irrigation connectés à deux barrages, Boukerdène (Sidi Rached) et Bouroumi (Blida) en l’occurrence, compte, selon la situation établie l’année dernière,  700 forages et 2000 puits et sources, et ce sans compter les retenues collinaires et les bassins géomembranes. Cette année et à cause de la sécheresse, aucun quota pour l’irrigation n’a été affecté depuis le barrage de Boukerdène, idem pour Bouroumi. Même les années précédentes, les quantités mobilisées à partir des barrages pour les périmètres irrigués étaient insuffisantes pour couvrir les besoins, faute de précipitations également. A ce déficit hydrique s’ajoutent d’autres facteurs et contraintes liés entre autres à la vétusté d’une partie des installations d’irrigation et le rabattement des nappes phréatiques. L’arboriculture à l’instar des autres filières qui dépendent de plus en plus de l’irrigation d’appoint est la plus touchée par le stress hydrique. Othmane Tolba Rachid, propriétaire de quatre fermes à Berbessa et président de la chambre d’agriculture à Tipasa, fera savoir que nombre d’agrumiculteurs de la wilaya ont vu leur récolte compromise à cause du stress hydrique. « Me concernant j’ai sauvé ma récolte grâce à l’irrigation d’appoint et encore, il avait fallu que je procède à une répartition parcimonieuse de la ressource disponible pour éviter que mes sondes soient à sec » , confie Othmane Tolba Rachid. Actuellement, le niveau piézométrique à Berbessa est à 150 mètres. Et pourtant, il y a 10 ans en arrière le niveau d’eau des sondes de la ferme Tolba était de 70 mètres. Une baisse de seuil de 100% qui a obligé le même vis-à-vis à réadapter le mode d’irrigation de ses vergers cultivés en intensif. « J’étais obligé, notamment en été, à procéder à l’irrigation entre 18h00 et 22h00 et de 05h00 du matin à 09h00 afin d’éviter autant que faire se peut le phénomène de l’évaporation. Toutefois, je procède à l’irrigation avec un système de goutte à goutte une fois tous les trois ou quatre jours pour éviter l’épuisement rapide de mes sondes » révèle-t-il. Pour les vergers qui ne sont pas dotés d’un système d’irrigation, la production est quasiment compromise. D’autres agriculteurs ont opté pour des cultures menées en sec, autrement dit dépendant totalement ou en grande majorité des pluies. C’est le cas de Meziane Boukaraoun, ingénieur agronome, consultant et membre du conseil d’administration de la chambre d’agriculture à Tipasa, qui exploite une surface à Ain Tagourait.
Le choix fortuit des cultures
« J’ai 3,5 ha de vignoble, un hectare de figuiers et une oliveraie de 7 ha. L’ensemble est mené en sec»,  déclare ce dernier. Et d’ajouter : « le choix de ces cultures n’est pas fortuit. Faute de ressource en eau, mon exploitation dépend presque intégralement des précipitations ». À Ain Tagourait, notamment où se situe l’exploitation de ce dernier interlocuteur, la surface agricole s’étale sur pas moins de 600 ha, dont seulement une petite partie dispose d’un système d’irrigation. Ces terres qui font face à la mer peuvent être valorisées davantage, car, non seulement c’est l’une des quelques régions du pays où la pomme de terre dite primeur est cultivable, mais surtout peut devenir une zone arboricole à fort potentiel si le problème de l’eau ne se pose pas. Ce problème peut être surmonté, du moins en atténuer de son acuité en réalisant des retenues collinaires, dont chacune peut contenir jusqu’à 16.000 m3. « La nature du relief de la bande maritime de la wilaya réunit les conditions pour réaliser des retenues collinaires qui peuvent être une alternative, du moins partiellement pour étendre le périmètre d’irrigation localement» préconise Meziane Boukaraoun. En effet, une bonne partie entre le littoral (le Sahel) et la poche de la Mitidja est parcourue par un bourrelet jalonné de talwegs qui drainent les eaux de pluies jusqu’à la mer où à la Mitidja. Ainsi, en construisant des retenues collinaires à l’aval des talwegs, on peut facilement récupérer un volume d’eau appréciable pour étendre l’usage de l’irrigation d’appoint. « On peut facilement construire huit à dix retenues à travers la wilaya » suggère Othmane Tolba Rachid, président de la chambre d’agriculture à Tipasa.
 Amirouche Lebbal