Tipasa : La drogue, épicentre d’un cercle vicieux 

Dans l’attente de la publication de nouvelles statistiques sur la criminalité urbaine par la sûreté de wilaya de Tipasa, le nombre d’affaires traitées et rendues publiques par la police indique que la délinquance a augmenté, notamment le trafic et la consommation de drogues et de psychotropes.

La lutte contre le trafic de drogue a permis en 2021 de mettre hors d’état de nuire de nombreux dealers, de démanteler des réseaux activant dans plusieurs wilayas et de saisir des quantités importantes de cannabis et de cachets psychotropes. Les résultats obtenus et le profil des suspects arrêtés, en grande majorité des jeunes, indiquent que la délinquance urbaine et juvénile est en progression. Une tendance que le docteur en sociologie Abdelkader Naga, auteur d’une étude de cas sur la délinquance à Tipasa, il y a de cela trois ans, confirme avec quelques réserves : «Nous ne pouvons pas avoir de certitude dans ce genre de phénomène sans disposer de statistiques récentes qui conditionnent la pertinence des enquêtes analytiques. Cela étant dit, il y a une évolution de la délinquance qui reste quand même moins pesante que dans d’autres wilayas.»

L’étude effectuée sur un échantillon de 22 cas sur 60 se basa également sur les données fournies par la sûreté de wilaya, en ce qui concerne notamment les affaires élucidées qui ont fait déjà ressortir que la consommation de drogues et de psychotropes sont les facteurs prépondérants qui poussent les jeunes dans le monde de la délinquance. Le constat est toujours d’actualité, si on prend comme indice les affaires élucidées par la police l’an dernier. «La drogue est une cause et une conséquence de la délinquance juvénile. Dans ce cercle vicieux, le jeune délinquant victime de l’addiction à ce poison est poussé à d’autres formes de délinquance, comme le vol, les agressions, voire plus grave», ajoute le Dr Naga. A l’en croire, la drogue n’est pas le seul facteur. «La démission des parents, la déperdition scolaire et le manque de sensibilisation qui incombe à la société civile à travers le mouvement associatif, la mosquée et d’autres espaces éducatifs sont tout autant responsables», poursuit Naga. «Les conséquences de la pandémie, le recul du pouvoir d’achat et le rétrécissement des perspectives en matière d’offre d’emploi aggravent en quelque sorte la situation», ajoute-t-il. Le chercheur tient à  saluer le travail des services de sécurité dans la répression de la criminalité ou en matière de prévention et de prise en charge de cette catégorie vulnérable de la société. «Je le dis en connaissance de cause, car durant l’étude, j’ai eu l’opportunité de constater l’ampleur du travail accompli», confie-t-il.

La lecture des affaires traitées par la police en 2021 révèle que la majorité des suspects arrêtés sont des récidivistes, impliqués dans des affaires de drogue ou d’agression et vol. Heureuse exception, le phénomène des gangs de quartiers demeure très limité. On a recensé une seule affaire durant les 12 derniers mois. 

Amirouche Lebbal