Tizi-Ouzou : Un directeur devenu auteur

«Aminel» est un simple restaurant à Tizi-Ouzou, qui accueille des rencontres autour de livres. Amirouche Malek a invité, récemment, un père et son fils, un médecin connu dans la ville des Genêts.

Le premier qui vient de devenir auteur a un itinéraire qui aurait pu former la trame d’un récit captivant. Chahed Hanafi, fils unique, originaire d’Adeni, a été, après son retour de France en 1963, l’un des premiers enseignants dans différentes écoles de Kabylie. D’abord à Aït Chaffa puis à Bouzeguène avant se fixer, dès la rentrée 1965, à Aït-Said, dans la région de Mizrana, dont il n’a jamais oublié les visages et les paysages. On lui avait attribué un logement de fonction et fut considéré comme un habitant. Lors des sacrifices collectifs et à chaque Aïd, il recevait sa part et, à l’occasion, des figues ou du raisin. C’était une époque où l’imam etun peu plus l’enseignant jouissaient d’une grande considération. Ne portent-ils pas le même nom de cheikh?
Sa femme reste encore très attachée à ces années. En se rendant à Tigzirt, le couple ne s’empêche jamais de regarder vers l’école de Tala Mayache, tache rouge dans un décor verdoyant. Il est même revenu pour y séjourner une quinzaine de jours
De moniteur à instituteur
Tout a vraiment commencé début 1956, quand un peu partout en Kabylie, des écoles furent fermées et pour certaines incendiées sur ordre du FLN. Dans son «Journal», Mouloud Feraoun évoque cette période où des villageois, surtout par peur de voir celles-ci occupées par l’armée, ne furent pas trop contrariés. L’adolescent n’avait pas pu passer son examen, et quelques années plus tard, il se rendit en France chez ses oncles pour travailler dans des restaurants. Mais il n’était pas de la génération qui tire vite un trait sur le pays et songe à s’en éloigner.
En  1963, le pays manquant terriblement d’enseignants, il fut, après un examen, recruté comme moniteur. Au bout de successives réussites, il se hissera au rang d’instituteur.
Guérison définitive
Mais dans le livre de sa vie, ce passage par Aït-Saïd est un court chapitre, car suite à une dépression après la perte d’un bébé de neuf mois, Chahed entame une sorte de descente aux enfers. Il séjournera dans plusieurs services hospitaliers à Tizi-Ouzou et à Cheraga .Les rechutes alternaient avec des périodes plus stables. Il finira par rejoindre l’Académie pour occuper un poste administratif jusqu’à à son départ à la retraite en 2003.
Depuis, s’occupant de jardinage et de petit élevage, là haut sur une colline d’Aït-Irathen, il a écrit un livre sur les vertus de la religion qui l’a aidée à sortir du gouffre avant, raconte-t-il, un détour par le Yoga. «Le cheminement vers Dieu», qui compte 140 pages, est une sorte de bréviaire du croyant qui sait la vie éphémère. Il s’agit d’une invitation à compter sur Dieu, qui écrit-il, «vit en chacun de nous et n’abandonne jamais celui qui le sollicite». Fervent lecteur et traducteur du Coran dont il médite les enseignements, il y a trouvé, dit-il, «la voie du salut et de l’apaisement». Sa conception de la religion est spirituelle. Elle est autant proche de la morale qu’éloignée de la politique. Aujourd’hui, à l’en croire, après une guérison définitive et miraculeuse, il se porte comme «un homme de trente ans», lui qui en a quatre-vingt.
Rachid Hammoudi