TiziOuzou : Hommage à Dahmani Belaïd

Pour célébrer la Journée nationale de l’artiste, la Direction de la culture et des arts de la wilaya de Tizi-Ouzou honorera ce mercredi deux grands noms du monde artistique national. Il s’agit, en l’occurrence, de Dahmani Belaïd pour la chanson et d’Ahmed Khoudi pour le 4e art.

Dahmani Belaïd est né le 24 juillet 1950 au village Tagarcift dans la commune de Fréha. C’est un artiste qui a marqué l’histoire de la chanson kabyle et de la mémoire collective par son militantisme en faveur de la culture et de l’égalité des droits civiques. En somme, c’est un artiste et un militant authentique. Il nous apporte un souffle de liberté à travers ses nombreuses œuvres de grande  qualité. Avec sa grande capacité vocale et musicale, il a su transformer les mots poème tout en leur adaptant des airs musicaux pour en faire des chansons immortelles. On  pense notamment à son titre phare « Ayghernek Ydhem Ayennenough » (‘pourquoi sommes-nous  fâchés) ou encore  Anfiyi (laisse moi) ou Temzi Azizen( ma tendre jeunesse)
Da Belaïd fait partie des grandes  figures artistiques de sa génération. Il est toujours présent sur la scène artistique avec des chansons sur différents thèmes dont l’amour de sa région natale la Kabylie et de la patrie, les traditions, la société, la sagesse, la misère, l’humour, le deuil et même celles qui racontent ses propres expériences dans la vie.  Comme en témoignent ses deux derniers albums sortis  en 2021 et 2022. Quant à la scène, il n’est plus monté depuis 2019  année où le mal qui le rongeait l’avait contraint à l’abandonner.
Outre sa  vocation de chanteur et d’artiste, Da Belaïd  est aussi talentueux  comédien sur scène. Interrogé  quant à la situation  actuelle de l’art et des artistes, Dahmani Belaïd n’est pas allé du dos de la cuillère pour dénoncer une situation alarmante «  si vous trouvez l’art venez me le dire pour que j’aille le retrouver «  nous a-t-il déclaré.  Tant pour lui «  l’art est mort de sa plus belle mort ».  Il déplore  «  ce manque de volonté politique à redonner à l’art et aux artistes leur place dans la société ».  Selon lui, « l’artiste est un moteur dans le développement intellectuel et moral des peuples. Il constitue la tête de tout mouvement allant de l’avant ».  Il  regrette aussi  que « le monde  de l’art se consume  favorisé qu’il est par une réelle volonté de le pérenniser et de mettre  les artistes dans des conditions idoines de vie sociale ». Il  fera aussi un parallèle entre le cinéma et le monde de la chanson: «  comme on a fermé les salles de cinéma, on ferme aussi les studios d’enregistrement. Et ceux qui  restent n’ouvrent leur espace qu’au factuel  où le rythme  et les danses sont priorisés contrairement aux chansons à  textes où la poésie est de mise ». Et de conclure amèrement: «  les lendemains de la culture  sont cauchemardesques. Aujourd’hui on célèbre, l’artiste que l‘on oubliera  demain avant de le dépoussiérer  dans une année et ainsi de suite. »
Rachid Hammoutène