«Ton œil, ta balance» de Karim Ouali : Ecrire algérien en langue française

La rencontre hebdomadaire «Les mercredis du verbe», de l’Établissement Arts et Culture de la wilaya d’Alger, animée par la poétesse et écrivaine Fouzia Laradi, a reçu mercredi dernier le journaliste de la Radio Chaîne III, Karim Ouali pour la présentation de son ouvrage intitulé «Ton œil, ta balance» édité aux éditions «Al Fairouz».
Un recueil de proverbes revisités sous forme de poèmes et textes de Slam, à travers lesquels l’auteur s’amuse à traduire des proverbes algériens, mais sous une forme inhabituelle. Dans «Ton œil, ta balance» (Ainek, Mizanek), Karim Ouali «parle algérien avec un alphabet français» et pour le comprendre il faudrait partager avec lui la même culture et le même humour.
L’idée, explique l’auteur, est née lors d’une rencontre à Tamanrasset. «Une dame francophone m’entendait parler avec mes amis en français puis elle s’adressa à son mari disant: ce monsieur parle français, mais je n’ai rien compris de ce qu’il dit.» «Ton œil, ta balance» est aussi une manière de dire au lecteur «Tu es le seul juge de mon travail», souligne Ouali.
Comme l’a bien signifié la journaliste Nacera Medjadel, qui a préfacé l’ouvrage, «Molière s’y perdrait» dans ce texte à la fois amusant, mais lourd de sens. Ecrit en Algérien avec un alphabet français, le recueil traduit toute la subtilité du génie populaire et cherche, dans un langage de slameur, à mettre en valeur un héritage riche de sens. Pour  le comprendre, souligne l’auteur, «Il faudrait avoir un référent culturel algérien et maghrébin. Un étranger francophone pourrait lire le livre, mais il lui sera très difficile d’en saisir le sens et la subtilité».
Aussi le travail de Karim n’a pas uniquement la vocation d’amuser. Il lui permet d’exprimer des opinions et de dénoncer des situations et des comportements qui nuisent à notre société, mais dans un langage qui ne s’adresse qu’à nous. Comme qui dirait «Le linge sale se lave en famille». Il dénonce ainsi ceux qui «A force de vouloir la noircir, l’ont aveuglé» et ceux qui «s’incrustent entre l’ongle et la chaire» et ceux qui pensent que «c’est chez eux qu’elle s’arrête». Karim dénonce également le prosélytisme religieux et la perte des valeurs sociales avec «ceux qui ne pensent qu’à faire le Tawil» et pour qui «Qu’elle brule si elle veut bruler».
Karim Ouali est journaliste de la Radio chaîne III.Il a grandi à Tamanrasset et a commencé son parcours professionnel à l’Office du parc national de l’Ahaggaravant d’intégrer le monde de la radio en 1990 au sein de la Radio locale de Tamanrasset. C’est un passionné de poésie et de lecture avec un penchant particulier pour les adages, proverbes et citations. Mélomane également, il crée avec un ami  le premier studio d’enregistrement numérique mobile de Tamanrasset dédié exclusivement à la musique Targuie. En 2012 il revient à Alger et intègre l’équipe de la Radio chaîne III où il est présentateur de journaux. Après ce premier essai, l’auteur affirme être tenté par une autre aventure et envisage déjà un prochain recueil.
Hakim Metref