Traitement de l’addiction aux psychotropes : Le Certa, un centre de référence

Le Centre d’enseignement, de recherche et de traitement des addictions (Certa), relevant du service de psychiatrie du CHU Nédir-Mohamed de Tizi-Ouzou, a été inauguré à la fin du mois de janvier 2017 après plus de cinq années de travaux.

Un centre d’une capacité de 40 lits dont 14 dédiés au traitement des addictions, notamment à celle des psychotropes. En effet, selon le Pr Abbès Ziri, chef du service de psychiatrie dudit CHU, le Certa enregistre, chaque jour qui passe depuis son inauguration, un nombre important de patients addicts aux psychotropes. «Le Certa a traité, depuis son ouverture, près de 1.700 patients venant de plus de 25 wilayas du pays. C’est devenu un centre de référence dans le pays», soulignera encore Ziri.
Il faut dire que ce fléau social a pris des proportions alarmantes en Algérie. En effet, selon les services de la sûreté de wilaya, il a été saisi, au cours des quatre premiers mois de cette année, 2.239 comprimés, contre 7.729 au cours de l’année 2021. Ces milliers de comprimés, principalement du Lyrica, appelé au sein des initiés «saroukh» ou «missile» du fait de ses rapides effets hallucinogènes, ont été retrouvés chez des sujets de plus en plus jeunes. Ce «commerce» florissant attire de plus en plus de jeunes en quête de gains faciles. D’ailleurs, les mêmes services de sécurité ont révélé que depuis le début de cette année 2022, ce sont plus de 50 personnes, parmi lesquelles des mineurs lycéens ou collégiens, qui ont été interpellées dans le cadre de ce trafic, sans compter celles qui courent encore dans la nature.
Le Certa de Tizi-Ouzou est le troisième centre traitant de l’addiction dans le pays avec ceux du CHU Frantz-Fanon de Blida et l’EHS de psychiatrie de Sidi Chami à Oran. Selon le Pr Ziri Abbès, «ce service permet de soigner toutes sortes d’addictions : dépendance à toutes les drogues et psychotropes, à l’alcool, au tabac et autres addictions comme le jeu».«Outre des cures de sevrage, ce service assure le suivi thérapeutique des patients à moyen et long terme», fait encore savoir Abbès Ziri qui souligne aussi que «le Centre a également pour mission la recherche scientifique en matière d’addictologie».
Un centre qui, aujourd’hui, souffre toujours, selon le même locuteur, du manque de moyens matériels et humains «au vu de la charge de travail et du nombre de consultations en constante croissance. Nos équipes sont arrivées à épuisement. Elles sont sollicitées à longueur de journée pour faire face et répondre à cette forte demande». Des moyens humains et matériels dont le Certa a bien besoin avec la prochaine mise en service de la nouvelle unité de méthadone pour le traitement des drogues dures.
 «La toxicomanie, notamment médicamenteuse, fait des ravages aujourd’hui au sein de la société algérienne, en général, et de la population juvénile, en particulier. Des médicaments commercialisés légalement, à l’exemple du Lyrica, sont même détournés à des fins de consommation addictive», souligne encore le Pr Ziri. Et de conclure : «Certes, c’est une problème de santé publique, mais la santé seule ne peut faire face à ses nombreux ravages. Il faut qu’il y ait une prise de conscience de toute la société, à commencer par la famille, l’Ecole et autres institutions pour juguler et éradiquer ce fléau.»
Rachid Hammoutène