Transition énergétique : Condamnés à franchir le pas   

Au milieu des années 1980, l’Algérie s’était dotée d’équipements et disposait déjà de la technicité nécessaire pour asseoir les premiers soubassements d’une économie propre.

Certes, il ne s’agissait pas d’une révolution proprement dit, mais le fait d’amorcer ce virage, au moment où l’enjeu que représentent les changements climatiques sur la planète et l’humanité commence à peine d’avoir un écho en dehors de la sphère scientifique mondiale, fait de notre pays un pionnier en la matière, du moins dans son environnement géographique régional et continental. Les scientifiques algériens ont réussi le défi de produire 7000 modules photovoltaïque, dont un grand nombre est toujours fonctionnel ainsi que 500 chauffe-eaux solaires. Après la décennie rouge qui a quasiment sclérosé toute initiative économique, l’Algérie a du reprendre pour ainsi dire depuis le début son processus de basculement vers les énergies propres. Certes des avancées ont été depuis enregistrées, notamment en matière de la recherche et de développement technologique, mais sur le terrain les projets concrétisés en ce sens, en une vingtaine d’années se résument à quelques réalisations dont l’impact sur l’économie demeure minime. Il faut dire que l’embellie financière, engrangée des hydrocarbures, dont à bénéficié notre pays a favorisé davantage le tout import sur la relance économique, quand bien même sur le plan juridique, des dispositions de lois ont été à l’époque promulguées pour promouvoir l’économie verte. Une volonté politique accompagnée d’une manière récurrente par des annonces de signature de contrats stratégiques pour l’exploitation du gisement solaire dans le grand sud.
Pendant ce temps, la transition énergétique battait de l’aile. Actuellement, la consommation énergétique en Algérie augmente annuellement de 5%. L’annonce a été faite par le ministre de la transition énergétique et des énergies renouvelables lors d’une de ses récentes sorties sur le terrain. Conséquence, selon lui, d’une croissance démographique positive d’un million par an et l’augmentation des besoins  du développement économique national. Dans ce cas, le recours aux énergies renouvelables, à l’aune des changements climatiques et de la diminution du potentiel des énergies fossiles face à l’accroissement de la consommation domestique, devient une option irréversible. Dans son engagement numéro 21 de son programme soumis au peuple lors des présidentielles de 2019, Abdelmadjid Tebboune, fait de la question de la transition énergétique et le recours progressif aux énergies renouvelables une priorité nationale. Un vaste chantier, compte tenu de la transversalité du domaine en question, qui nécessite une implication effective de tous les secteurs et l’engagement de la société entière, car il s’agit de mettre en place une stratégie englobant des mécanismes devant permettre non seulement de rationnaliser la consommation et maximiser l’efficacité énergétique, tout en réduisant l’impact Carbonne, mais de planter les jalons d’une économie propre en mesure de soutenir substantiellement l’effort de l’exportation. Un challenge qui doit être relevé par les différents départements ministériels. A ce propos, le plan d’action du gouvernement projette la mise en place progressivement un modèle énergétique sous-tendant un « mix énergétique équilibré » à l’horizon 2030 avec comme deuxième objectif de parvenir à une capacité de production de 15.000 Mégawatts électriques d’ici 2035. En ce sens, le groupe Sonatrach a signé, dernièrement, un accord stratégique avec la firme italienne Eni sur le développement des énergies renouvelables en Algérie.
Outre la réalisation d’une centrale photovoltaïque d’une capacité de 10 mégawatts, les deux parties comptent approfondir ce partenariat en installant des centrales photovoltaïques dans d’autres sites exploités en commun. Mieux encore, il s’agit par le truchement de cet accord stratégique de développer des industries propres à forte valeur ajoutée que ce soit pour le lithium les batteries et l’hydrogène vert. Ce type de projets qui sera consolidé avec la concrétisation des accords bilatéraux signés par l’Algérie avec des partenaires étrangers, notamment avec l’Italie, s’opère au moment où la solidarité gouvernementale est plus que jamais mise à contribution pour généraliser l’usage des énergies propres et l’optimisation de l’efficacité énergétique. A ce propos, le président de la République a ordonné, lors d’un conseil des ministres, tenu le 21 novembre dernier, à ce que l’ensemble des 1541 communes à utiliser l’énergie solaire dans l’éclairage public. Une obligation qui aura un effet d’entrainement économique important en termes de transition énergétique et la préservation du potentiel gazier national. Tout compte fait, tous les départements ministériels, secteurs d’activité et société civile sont condamnés à travailler en harmonie pour réussir la transition économique, d’autant que l’Algérie dispose des capacités naturelles et minières pour franchir ce pas.
Amirouche Lebbal                              
Entretien avec Mohamed Abbas, directeur de l’unité de développement des équipements solaires :«Nos chercheurs sont prêts à contribuer à la transition énergétique»
Dans cet entretien, le directeur l’unité de développement des équipements solaires (UDES),  Mohamed Abbas, aborde l’apport de la recherche scientifique dans le processus de la transition énergétique et évoque les travaux réalisés par l’unité et les potentialités innovatrices qui peuvent être valorisées à une échelle industrielle.
Peut-on avoir une petite présentation de l’UDES ? 
L’UDES était à l’origine une petite unité implantée à Boumedfaâ, wilaya d’Aïn Defla. Sa mission principale consistait en l’usinage de chauffe-eau solaires. A l’époque, elle produisait déjà 500 unités. Permettez-moi de rendre hommage à nos ainés qui, dès le milieu des années 1980, ont réussi des prouesses dans le créneau des énergies renouvelables, particulièrement le photovoltaïque. C’est le cas de chercheurs et des employés de l’unité de développement de la technologie du silicium qui, dès 1986, ont entrepris la réalisation de modules photovoltaïques. Ils ont produit quand même 7000 unités qui sont toujours, si mes informations sont bonnes, fonctionnelles. D’ailleurs,  votre journal a publié tout un dossier sur cet aspect. L’UDES a ensuite délocalisé son siège à El Achour puis à Bouzaréah, avant de s’installer à Bou-Ismail en 2006. Pour ce qui est des projets de recherche dans nos ateliers et laboratoires, ils dépassent la trentaine dans plusieurs créneaux.
Lesquels? 
L’UDES compte une gamme de prototypes particulièrement dans les créneaux du photovoltaïque, de l’énergie solaire thermique (chauffe-eau solaires….), le froid solaire, l’épuration des eaux usées et le dessalement et distillation de l’eau de mer et des eaux saumâtres. Tous fonctionnent à l’énergie solaire. Dans le photovoltaïque, nous réalisons entre autres des centrales, dont certaines alimentent des stations de Naftal sur l’autoroute Est-Ouest. Grâce à une convention signée avec Naftal, cinq ont été réalisées dans des aires de repos sur l’autoroute, de 2010 à 2013. Dans la filière du froid solaire on a développé plusieurs solutions et prototypes. Idem pour la distillation par énergie solaire, dont le produit (eau pure et ultra-pure) est utilisé notamment dans le domaine médical. Nos chercheurs ont conçu des projets dans le cadre de l’épuration des eaux usées et polluées. Je peux citer la réalisation d’une station de traitement des eaux usées à Ouargla en collaboration avec l’ONA (office national d’assainissement) et une autre dans une unité de production de peinture à Bou-Ismail, grâce à laquelle tous les agents toxiques et polluants sont neutralisés. Depuis le début de la crise sanitaire, nos chercheurs ont développé des solutions de désinfection par le recours aux ultraviolets, notamment pour les locaux, les ambulances et armoires de stérilisation.  Concernant le dessalement d’eau de mer, nous avons mis au point plusieurs procédés. Mieux encore, nos équipes ont développé un prototype de membrane, pièce indispensable dans le procédé de dessalement par osmose inverse. Une technologie détenue par deux ou trois sociétés dans le monde.
Qu’attendez-vous pour valoriser celle-ci à l’échelle industrielle ?
Le prototype développé est à l’échelle de laboratoire. Il faut un financement et une coopération avec un partenaire étranger pour que la pièce soit réalisée à l’échelle industrielle. Si on arrive à l’usiner chez nous, nous allons économiser énormément de dépenses en devises. A mon humble avis, il faut créer un consortium constitué d’entreprises ou entreprises nationales en partenariat avec une firme étrangère en associant l’université et les chercheurs pour que ce projet hautement stratégique prenne corps.
Quelles sont les autres missions de l’UDES ?    
Outre l’encadrement d’étudiants en fin de cycle (graduation et post-graduation), nous formons dans les créneaux des énergies solaires des employés et fonctionnaires de nombre d’entreprises, organismes et de différents départements ministériels. Nous assurons également l’accompagnement, l’étude, l’expertise et le diagnostic dans tout ce qui se rattache à l’énergie solaire. Pour ce qui est du partenariat international, nous faisons actuellement partie d’un cadre de coopération Afrique-Europe dans lequel quatre de nos projets ont été retenus.
Avez-vous pris attache avec des scientifiques algériens établis à l’étranger ?
Nous venons de lancer justement un cycle de conférences qui consiste en l’invitation, une fois chaque mois, d’une sommité algérienne établie à l’étranger pour animer une conférence sur un thème lié aux énergies renouvelables et à la transition énergétique.
Le premier invité est l’éminent expert Mohamed Ghazli qui a consacré six heures de son temps pour une séance par visioconférence autour «des mécanismes, outils et défis de la transition énergétique».
A. L.