Un mois qui ne ressemble à nul autre

C’est, à tout point de vue, un mois différent. Pas seulement pour son indéniable symbolique et ses valeurs religieuses. Villes et villages vont aussi rompre avec des habitudes et ouvrir une sorte de parenthèse. Rues, espaces publics et salles de spectacle vont s’animer
et la population va rompre avec la morosité et retrouver le plaisir des sorties nocturnes.

Mais le mois est d’abord lié à la religion et à tout ce qu’elle recommande comme comportements exemplaires. Les imams ne manqueront pas de rappeler que c’est durant ce mois que les premiers versets du Coran ont été révélés à La Mecque et que la première victoire des musulmans fut remportée à Badr. Une bataille entre une poignée de croyants et une armée plus nombreuse de Qoraichites qui tourna à l’avantage des premiers. Dans des prêches, des causeries, ils se feront un devoir de mettre en valeur les nobles enseignements et valeurs de l’islam. Le Ramadhan est également un mois qui révèle des dysfonctionnements qui n’ont rien de céleste. Il a fini par devenir aussi celui d’une consommation effrénée qui oblige, chaque année, les pouvoirs publics à assurer un approvisionnement régulier des marchés et à tenter de contrôler la hausse des prix, une des caractéristiques d’un mois en principe dédié à la sobriété et à la modération en tout et partout. Le Ramadhan s’annonce toujours comme un hôte de marque. Sidna Ramadhan, dit-on, comme s’il cheminait au milieu d’un cortège de saints et d’hommes de bien à qui l’on doit respect et vénération. Des jours avant son arrivée, chacun se prépare à l’accueillir, à sa manière, et selon ses moyens. Il est attendu avec impatience par les uns et craint par d’autres. Pas seulement ceux, de plus en plus nombreux, dont il va racler les fonds de poche.
Les premiers vont saisir l’occasion pour se rapprocher de Dieu, multiplier les actions de charité et de bienfaisance. Des restos de la Rahma vont ouvrir un peu partout et l’on se tournera davantage vers les nécessiteux. L’Etat va aussi tendre la main à ces derniers en octroyant une aide qui allégera, un tant soit peu, le poids d’étouffantes contraintes financières. Ramadhan 2022 ne fera sans doute pas exception. Les associations, entre aides à apporter et conseils à prodiguer pour les malades, auront du pain sur la planche. Les valeureux volontaires du Croissant-Rouge algérien et autres bénévoles seront à nouveau sur tous les fronts. Il s’en trouvera aussi qui vont regretter ou ironiser sur la baisse d’activité dans tous les secteurs, la propension à tout renvoyer aux lendemains de l’Aïd et la mauvaise humeur. De méchantes langues fulmineront contre la hausse des prix et les apparences de la vertu qui, pour reprendre les mots d’un bel esprit du XVIIIe siècle, «valent mieux que sa pratique pour plaire aux hommes et faire son chemin parmi eux». C’est que le Ramadhan s’offre toujours comme une halte aux égarés qui voudront s’amender et aux fieffés malins désirant fructifier leurs affaires. Les marchés restent, avec les mosquées, les endroits les plus fréquentés. Mais l’ambiance du Ramadhan imprégnera presque tous les endroits et chaque esprit.
H. Rachid