«Un prisonnier en permission» de Rabah Bedaouche : Une histoire humaine  

«Le prononcé de la sentence vient de provoquer un énorme choc dans la salle, aussi bien pour moi que pour l’auditoire. Moi, qui ai veillé en espérant une relaxe; me voilà plongé dans une sorte de paralysie morale… Cinq ans de prison ferme ! Une lourde, une trop lourde condamnation! Mais pour quelle raison, hein? La question demeurera un Livre ouvert, un point d’interrogation tout au long de ma vie… »

Voilà donc le cadre de l’intrigue, l’état initial dressé par le jeune auteur Rabah Bedaouche pour raconter son premier roman: «Un Prisonnier en permission». Ce n’est pas de la littérature carcérale à proprement dit, même si le livre en possède les attributs. Car l’auteur ne déploie pas son récit de l’intérieur d’une prison, mais de l’extérieur. C’est une histoire humaine, née dans un tribunal au prononcé du verdict contre le principal personnage, son ami. Un héros sans nom qu’il a baptisé «l’innocent».
C’est aussi un témoignage d’amitié envers quelqu’un que l’auteur avait réellement connu durant ses années d’études à l’université de Bejaïa. Une histoire qui l’avait bouleversée.
«Un beau jour, j’ai décidé de travailler sérieusement l’histoire d’un ami qui m’a raconté ses années d’enfer dans les prisons de l’ensemble du territoire national! Cet ami que j’ai connu étudiant ne pouvait pas poursuivre ses études. Il était obligé de quitter les bancs de l’université pour comparaître devant un tribunal!… Verdict: Cinq ans de prison ferme! Deux ou trois années après son incarcération, il perdit son père tombé gravement malade. C’est à partir de là, que j’ai commencé à épouser cette dure épreuve avec mon imagination, pour enfin donner naissance à cet enfant en papier prénommé: «Un prisonnier en permission».
Un baptême douloureux et brutal à l’écriture romanesque même si dans cette nouvelle quête, l’auteur n’était pas totalement démuni. Il avait déjà à son actif trois recueils de poésie: «Sentier des plaies», «Un arc-en-ciel en pleine nuit» et «L’aube illuminée». Ne dit-on pas que la parole poétique transcende les barreaux?
«C’était très dur pour moi de décrire un lieu où je n’ai jamais mis les pieds!», nous confie-t-il en expliquant que la «la prose carcérale était très difficile à imaginer». Quant aux faits réels, ajoute-t-il, «indiscutablement, ils ont travaillé mon imagination. L’ami sur lequel j’ai écrit l’histoire est vraiment ma canne d’imagination! Il est le moteur qui a fait marcher mon esprit tout au long de l’histoire».
«Un Prisonnier en permission» est un roman personnel où le lecteur peut être par moments «un peu désorienté, ne sachant plus vraiment qui est en train de parler, l’ami ou l’auteur», admet-il. Le style, quant à lui, n’emprunte en rien à la littérature classique. Poésie et propos populaires s’y entrecroisent. Le jeune écrivain y décrit sa patrie, son mal de vivre en scènes quotidiennes, là où une jeunesse révoltée est en quête de liberté, d’amour …
Né en 1993 à Aokas, dans la wilaya de Bejaïa, Rabah Bedaouche est avant tout un artiste-poète. Titulaire d’un master en communication, il a déjà publié trois recueils de poésie: «Le sentier des plaies» -2018-, «Un arc-en-ciel en pleine nuit» -2019 et «L’aube illuminée» -2021 auxquels s’ajoute «Un prisonnier en permission», édité chez Tafat Éditions.
Yahia Benaïssa