Un vaste ring

Qui, de nos jours, attend avec impatience le lendemain d’un événement pour lire les détails   dans son journal ou tendre l’oreille, dans un silence qui confine au recueillement, à son poste de radio? Ceux qui n’ont pas renoncé à ces gestes ne sont pas une race en voie de disparation, mais les  réseaux sociaux ont presque tout balayé et instauré de nouveaux réflexes qui charrient le bon, le mauvais et surtout le pire.

Même les télévisions, dont le direct est le principal atout, éprouvent désormais quelques  peines à suivre ce rythme d’enfer. A n’importe quelle heure, par l’image, le son en plus on peut savoir ce qui se passe dans l’endroit le plus reculé. On peut se trouver à des milliers de kilomètres de son pays et de son village et donner son avis sur ce qui s’y passe. Qu’il s’agisse d’une foire, d’un enterrement, d’un mouvement de protestation, d’un débat dans l’hémicycle du Parlement, l’information est instantanée et commentée in live pour reprendre un mot en vogue.
Prenez «l’affaire» de M’cheddalah où une soirée artistique a failli connaître des dérapages. Beaucoup de pages lui accordent depuis une place, des vidéos sont relayées à longueur de journée. Les avis divergent. Chacun y va de sa version des faits. Pas seulement. On trouve celui qui recommande le calme et la pondération, mais aussi celui qui extrapole, attise les feux de la discorde ou profite pour réfléchir sur la place de la religion ou des imams dans la société.
De prime abord cette offre riche et variée s’apparente à une bénédiction. Ceux qui  ont souffert de la censure applaudissent. Qui peut cacher la vérité des faits et la soustraire aux yeux de l’opinion?
 Mais comme toujours les apparences sont trompeuses. Les réseaux sociaux ont libéré en même temps que l’expression tous les instincts qui ne se donnent plus de limites. Insultes, insanités s’étalent sans retenue aucune. La toile est une sorte de vaste  ring où l’on se tape sans pitié et où l’adversaire est traîné et malmené dans la boue.
Le problème que pose l’information sur les réseaux sociaux n’est pas uniquement celui de la séparation de la vérité du mensonge. Naguère, il existait une sorte de critère pour savoir où s’arrêtait la première et débutait le second. Lorsqu’un média occultait ou évitait soigneusement un fait c’est le signe que celui-ci dérange. Maintenant tout se sait et se dit, mais la voie a été également ouverte au mensonge qui se pare de liberté et aux manipulations les plus éhontées.
H. Rachid