Union pour la Méditerranée : Un espace déséquilibré, selon les politologues

L’Algérie n’a pas gagné grand-chose du projet de l’Union pour la Méditerranée (UpM), lancé en grande pompe en 2008 avec l’arrivée du président français Nicolas Sarkozy. C’est l’avis du politologue Abdellah Houadef qui y voit un espace «déséquilibré» en faveur du bloc de la rive nord de la Méditerranée, qui tentait d’imposer une vision unilatérale.

L’UpM est censée relancer le processus de Barcelone de 1995 qui a échoué en raison du contexte mondial et régional de l’époque, marqué par une grande transformation mondiale, donnant naissance, entre autres, à l’actuelle Union européenne, précise l’universitaire.
Il faut dire qu’à l’issue de la guerre froide, il a eu l’émergence de plusieurs pôles : Amérique du Nord, Europe et Asie de l’Est en quête de zones d’influence, notamment en Afrique. D’où l’initiative dudit processus, dont les objectifs étaient axés essentiellement sur les dimensions économique et sécuritaire, explique Houadef.
Après l’échec avéré du premier pas franchi vers les pays de voisinage Sud, les membres de l’Union européenne, notamment la France de Sarkozy, ont jugé, poursuit-il, «important» de relancer en 2008 le projet sous une autre forme en l’intitulant  l’UpM.
«En réalité, les membres de l’Union européenne cherchaient leurs intérêts et à maintenir leur mainmise sur le marché africain à traves le partenariat euro-méditerranéen, alors que ce dernier devait inclure les échanges entre les deux rives dans les domaines politique, sécuritaire, économique et culturel, et ce, dans la perspective de favoriser le développement des pays du Sud et de concrétiser une intégration régionale euro-méditerranéenne», détaille-t-il.
L’engagement de l’Algérie dans un tel partenariat  a «des motivations purement politiques» à la sortie de la crise politique nationale des années 1990. Chose que confirme la décision prise récemment par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, de revoir, de fond en comble, l’accord d’association avec l’UE, ajoute-t-il.
Selon Houadef, le déséquilibre constaté entre les partenaires des deux rives est dû au fait que les pays de voisinage Sud agissent en solo et non dans des cartels, comme c’est le cas des pays du Nord.
Cependant, le politologue estime que l’Algérie a beaucoup contribué à la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine, qui constituent une véritable menace sécuritaire pour les pays des deux rives.
«Des programmes et des fonds ont été consacrés par la partie européenne pour la gestion du dossier sécuritaire et atteindre les objectifs escomptés», affirme le spécialiste.
La coopération sécuritaire réussie  
Pour le spécialiste des relations internationales Idir Ghenait, l’Algérie a marqué sa présence dans l’espace euro-méditerranéen à travers la présentation des consultations et propositions en la matière afin de parachever un partenariat gagnant-gagnant, tandis que les pays de l’UE ont toujours perçu les pays de l’autre rive comme un marché pour écouler leurs marchandises.
«L’Algérie n’a pas hésité à exprimer ses réserves quant à l’iniquité des clauses des partenariats conclus avec l’UE et a demandé de revoir l’accord», relève-t-il. Ainsi, l’Organisation européenne est appelée, appuie Ghenait, à revoir sa copie à même de préserver ce qu’a souvent considérée de «chasse gradée», et ce, en favorisant une vision commune de la coopération.
Sur le plan sécuritaire, l’universitaire affirme que l’Algérie a été un acteur actif dans ce domaine en partageant son approche sécuritaire lors de sa participation à plusieurs manœuvres militaires avec, entre autres, l’Italie et la Grèce, en plus des conventions de jumelage en la matière.
Dans ce sens, l’Algérie n’a pas cessé de plaider  l’instauration de la paix dans les pays africains, étant son prolongement géographique, notamment le Sahel, miné par des foyers de tension.
Pour rappel, la Journée internationale de la Méditerranée sera célébrée le 28 novembre prochain, coïncidant avec le 6e forum régional de l’UpM et la réunion annuelle des ministres des Affaires étrangères des Etats membres.
A. Mehdid