Vanitas de Kenza Daoud : Memento mori des temps modernes

Après les aliénés et les prédateurs, la jeune artiste prolifique Kenza Daoud revient avec Vanitas. Une exposition visible au niveau de la galerie d’art Bloom the Art Factory qui rappelle à l’humain la vacuité de la vie terrestre. Memento mori des temps modernes, cette exposition composée de peintures, de photographies et de sculptures dispose le crane en roi.

Tout tourne autour de cette objectification de la mort où elle est mise en scène et omniprésente. Qu’elle soit photographiée, peinte ou sculptée, la vanité s’expose sous toutes ses formes. Maquillage rappelant le masque porté dans la vie quotidienne, bijoux et chaussures à talons de luxe pour travestir, en contre partie, l’addiction aux stupéfiants, au regard  et à l’approbation des autres ou encore hyper connectivité, tous les aspects de la vie moderne sont immortalisés dans les peintures.
Les compositions sont d’ailleurs agencées différemment pour les photographies et les peintures. Ce sont des objets, précise l’artiste «qui nous appartiennent, à la galeriste et moi-même, qui sont utilisés», comme pour elle-même s’inclure dans le constat amer qu’elle dresse de la nature humaine et ne pas s’ériger en juge ou gardienne de la bonne morale. Questionnant toujours le rapport de l’homme à lui-même et aux autres en apportant une dimension de réflexion philosophique, Kenza dépeint sous forme de nature morte, les travers contemporains de la vanité. Sont ainsi mis en scène le narcissisme, la luxure et le luxe ainsi que les addictions multiples de tout un chacun. Elle met en valeur le péché capital de notre ère qu’est la vanité et ses différents dérivés. Loin de son style d’expression artistique habituel, Kenza teste ses limites à travers cet exercice de peindre des natures mortes et de tester de nouveaux concepts.
Défi qu’elle relève haut la main au vu du rendu du travail et de son esthétique. Les cranes sont d’ailleurs peints avec des couleurs vives, à l’opposé de la palette habituelle de l’artiste, comme pour contraster avec la symbolique de l’objet qui les porte. L’exposition sonne comme un rappel que la mort est la destination finale de tout un chacun, «quoiqu’on fasse, de bien ou de mal d’ailleurs», souligne l’artiste. Les bustes taillés comme des corps d’Apollon viennent souligner l’importance du narcissisme et de l’apparence physique, caractéristique de notre société moderne. Kenza Daoud réussi, une fois encore, à capter le regard de l’observateur et à le retourner contre lui-même, comme une arme d’introspection. Le mettant ainsi face à ses travers, dérives et complexités.
Sarra Chaoui