Vêtements : Entre difficultés des commerçants et appauvrissement du consommateur

Depuis l’avènement de la pandémie Covid-19, les vendeurs de vêtements et de prêt-à-porter font face à des difficultés croissantes. Le manque à gagner persistant se répercute sur le maintien même de leur activité qui est désormais menacée.

Depuis le début de la crise sanitaire, les ventes ont, en effet, notablement régressé en Algérie, à l’instar de plusieurs pays. La baisse se situe entre20 et 30%, selon un responsable de l’ANCA. «Il s’agit d’une moyenne car certains s’en sortent mieux que d’autres, voire ont vu leurs ventes progresser durant la période», s’empresse-t-il d’ajouter, citant particulièrement ceux spécialisés dans la vente de produits chinois, proposés à des prix abordables.
Selon l’association nationale des commerçants Algériens (ANCA), «l’érosion du pouvoir d’achat est, en particulier, responsable de ce recul». Il reconnaît, dans ce cadre, qu’«il a été constaté un regain d’engouement des consommateurs vers la fin du ramadan et à la veille de la fête de l’Aïd El Fitr». Cependant, les commerçants savent pertinemment que le consommateur n’a plus les moyens de s’offrir les articles de qualité, dont les prix sont astronomiques. Le client lambda se voit contraint de se rabattre sur les produits d’origine chinoise de qualité moyenne, mais qui a également ont été également touchés par l’inflation. «Tout a augmenté à l’international et plus particulièrement en termes de logistique», affirme Redouane, propriétaire d’un magasin à la rue de la Liberté, à Alger. Lui, qui s’approvisionne de Chine, précise que «les coûts d’importation du textile explosent». Il cite les prix d’importation de conteneurs qui se sont envolés, « passant de 9.000 à 20.000 dollars, soit de 100 millions à 400 millions de centimes», soutient le commerçant, qui justifie la tendance à la hausse des prix du textile. Pour un responsable de l’ANCA, «le ralentissement de l’offre de transport maritime découlant notamment de la crise sanitaire, jumelé à l’augmentation à l’international des exportations de marchandises a engendré l’engorgement de plusieurs ports et une flambée du prix des conteneurs.»
Gérant d’une petite boutique, pas loin de l’hôpital Mustapha-Pacha, El Hachemi, qui regrette les années fastes d’avant 2014, ne cache pas son inquiétude. D’après lui, tout a commencé en 2014, avec l’apparition des premiers signes de la crise consécutive à la baisse des cours des hydrocarbures. Il y a des jours, souligne-t-il, où «je ne reçois aucun client, ou du moins, je ne vends aucun article». Selon lui, «c’est quand il y a moins de chômage, qu’il y a plus d’activité». «La plupart des clients sont contraints d’acheter par facilité», note El Hachemi, qui affirmé que «les dettes de ses clients s’élèvent à 300 millions de centimes».
De son avis, le paiement en différé, même s’il a une utilité sociale, comporte des risques.
De son côté, Walid, jeune commerçant dans le secteur du textile, estime que «trois tendances de consommation se sont confirmées dans l’habillement, à savoir, davantage d’achats de vêtements de meilleure qualité pour les uns, plus d’achats à petits prix pour les autres et un plus grand nombre d’achats de seconde main pour beaucoup d’entre eux.»
Les prix des vêtements et des chaussures ne sont pas en reste, conséquence de la tendance inflationniste. Ce sont, en réalité, les familles nécessiteuses qui pâtissent le plus de cette situation, même si la classe moyenne est également concernée par ce marasme socio-économique inédit.
Samira Azzegag