Viandes rouges : Filiale osseuse 

C’est un fait incontestable que les prix de la viande dans notre pays sont élevés pour la majorité des citoyens, y compris pour la classe moyenne. Elle s’apparente de plus en plus à un produit de luxe qu’on se résigne parfois à acheter en petites quantités.  Son prix a toujours symbolisé la dégringolade du pouvoir d’achat. Essentielle dans l’alimentation, la viande rouge en Algérie est certes de qualité, mais l’offre n’arrive pas encore à satisfaire la demande nationale qui, durant le Ramadhan, explose. Dans ce dossier, nous évoquons les tarifs qui, dans toutes les villes, notamment Oran, narguent le simple citoyen mais aussi les raisons qui expliquent cette hausse. Des mesures sont certes prises en faveur des éleveurs et des citoyens, mais il s’agit de revoir toute la filière, nous dit le premier responsable de  l’UGCAA que nous avions rencontré.

La viande ! N’est-ce pas là un sérieux sujet qui aiderait nos concitoyens à «tuer» le temps durant le mois de Ramadhan. Et, il y a de quoi, rien qu’à jeter un coup d’œil sur les étals de boucherie, admirer le produit exposé, tenter de décrypter le prix pour…tomber à la renverse. Depuis quelques années et plus particulièrement celle en cours, la viande, plus qu’une histoire, a une épopée sauf que celle-ci n’est ni sublime ni héroïque.
En fait, les prix des viandes à la consommation sont déterminés par l’importance des marges commerciales des bouchers. Or, le marché en lui-même n’arrête pas de se déréglementer pour des raisons que même les économistes parmi les plus rompus ne parviennent pas à expliquer ou n’y arrivent qu’en mettant en avant la spéculation. Et sur cet aspect précis, les institutions de l’Etat, vaille que vaille, ont annoncé et pris des mesures visant à créer, entretenir et préserver des équilibres à même de soutenir un tant soit peu un rapport évolution des prix/pouvoir d’achat largement défavorable au salarié chef de famille.
«A l’occasion du mois sacré, l’Algérienne des viandes rouges a installé 44 points de vente à l’échelle nationale, et prévu la commercialisation de 390 tonnes dont 140 tonnes de viande ovine et 250 tonnes de viande bovine», a déclaré récemment un responsable de cette importante entreprise au moment où ce qui importe le moins aux ménages modestes n’est pas la quantité ou encore la disponibilité du produit, mais, et c’est l’évidence même, le coût du kilogramme de viande à 1.200 ou 1.300 dinars selon qu’elle soit bovine ou ovine. Car est-il besoin de souligner que la consommation de n’importe quel produit carné est désormais le marqueur par excellence de la prospérité économique d’un groupe social donné et si tant est qu’avec l’embellie économique qu’a connue l’Algérie, trois ou quatre décennies auparavant, la consommation alimentaire s’était nettement diversifiée et surtout améliorée pour l’ensemble de la population, il n’en demeure pas moins que la vapeur s’est brutalement inversée.
D’aucuns parmi ceux qui chercheraient un motif de consolation diront sans doute que d’un point de vue sanitaire, consommer trop de produits carnés est mauvais pour la santé, sinon comment expliquer la multiplication des cas de cancer notamment colorectaux et les pandémiques maladies cardiovasculaires dont sont victimes les Algériens. Sur le plan statistique, le prix de la viande n’a fait que suivre une courbe exponentielle depuis 2010 et plus particulièrement pour le poulet même s’il s’est caractérisé dans un passé récent de temps à autre par un effet yoyo qui n’est toutefois plus certain de se reproduire de manière définitive. Or, le poulet a de tout temps été un produit de substitution à la viande quand celle-ci devenait chère.
Il faudrait incontestablement rendre hommage au génie des Algériens, forcément ceux et c’est la majorité qui arrivent chaque jour que Dieu fait à «assurer» à leurs familles une chorba où malgré tout l’odeur de la viande est présente fut-elle par effet d’illusion.
Végétarien…Végan…l’Algérien va-t-il le devenir par la force des choses ?
Abdelhamid Lemili