Violence conjugale:Les enfants, les autres victimes

La violence conjugale ne ruine pas seulement la vie des épouses mais aussi celle des enfants qui sont directement affectés. Aujourd’hui, les spécialistes ne parlent pas d’enfants témoins de violence conjugale, mais plutôt de victimes. Plusieurs conventions internationales sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique ont inclus les enfants comme victimes à part entière. Cette violence, selon la convention d’Istanbul, est dirigée à la fois contre les femmes et contre leurs enfants. Parfois, ces derniers ne sont pas visés eux-mêmes, mais ils sont témoins des violences infligées à leur mère. Cette convention est le traité international qui va le plus loin pour combattre ces graves violations des droits de l’être humain. Elle offre également des indications pratiques sur la manière dont les citoyens et les associations peuvent apporter un réel changement. Pour Mme Imache, psychologue libérale et spécialiste de la thérapie de famille, grandir au cœur des conflits conjugaux n’est pas sans conséquences sur le développement psychologique. Ils grandissent dans un climat d’angoisse, de terreur, de peur, de détresse, de stress, de contraintes et avec un grand sentiment d’insécurité très préjudiciable à leur santé et à leur développement émotionnel, affectif et psycho-moteur. Il est temps, selon elle, de mesurer la gravité de la situation. Cette violence peut se retourner contre les enfants. Sur le plan politique, le débat doit être ouvert. Il faut penser sereinement à cette violence et réfléchir aux conséquences désastreuses de ce phénomène pour une meilleure prise en charge des victimes, en les éloignant de la source des violences. Pour Me Djediat Sofiane, président de la Fondation algérienne de prévention de la violence sociale, la protection des enfants contre toute forme de violence est au cœur des préoccupations de l’Etat algérien, comme en témoigne l’importance des budgets alloués aux différents ministères chargés de leur protection. L’Algérie s’est engagée depuis plusieurs décennies à mettre en adéquation sa législation nationale avec les conventions internationales dont elle est signataire, notamment celle relative aux droits de l’enfant. Malgré ces avancées, les enfants en Algérie restent encore exposés à des violations de leurs droits, notamment du fait de la croissance démographique forte, de pratiques éducatives et disciplinaires inadéquates, d’une instabilité aux frontières ou encore d’une pression migratoire significative. Aujourd’hui, malgré les mesures législatives et réglementaires, des efforts continus sont nécessaires pour aboutir à une concrétisation effective du droit de l’enfant à la protection et pour combler toutes les lacunes. Il a, par ailleurs, fait état de la faiblesse du système national de collecte et de gestion des données sur la situation des enfants, notamment les plus vulnérables, et le manque d’informations significatif sur la typologie et l’ampleur des problèmes rencontrés et vécus par les enfants. Il a également relevé l’insuffisance de la collaboration intersectorielle des intervenants concernés par la protection de l’enfance. C’est ainsi dans la perspective de renforcer un environnement protecteur pour tous les enfants d’Algérie, l’Unicef apporte son soutien à différents partenaires dont le ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme et l’Organe national de protection de l’enfance. Selon lui, l’Unicef-Algérie agit à différents niveaux pour endiguer la propagation de la violence contre les enfants, les abus auxquels ils risquent d’être confrontés et leur exploitation, renforcer le cadre légal et réglementaire de protection de l’enfance, améliorer les services de protection, favoriser les changements de pratiques bénéfiques aux enfants par des campagnes de sensibilisation et de communication ciblées. Le développement d’un nouveau plan national d’action au profit des enfants est une urgence, ainsi que l’amélioration de leur prise en charge dans les établissements d’accueil de la petite enfance relevant du ministère de la Solidarité nationale. Comme il s’agit aussi d’informer et de sensibiliser le public sur les formes de violences auxquelles font face les enfants.

S. B.