«Violences algériennes» d’Alloaua Bendif : À la recherche des origines d’un mal social

Pourquoi  les Algériens ont-ils érigé la violence comme mode de relation? Telle est la question que se pose Allaoua Bendif, docteur en psychologie clinique, auteur du livre «Violences algériennes» publié aux éditions Trésors de Jugurtha, dont le tome II a été présenté lors du dernier Salon du livre d’Alger (Sila 2022).
La violence est un phénomène planétaire. Toutes sociétés engendrent de la violence et  l’humain est de plus en plus agressif envers ses congénères et envers les institutions qui gèrent les sociétés. En Algérie la violence, affirme Bendif, s’est généralisée et on la retrouve au sein de la famille, sur la route, dans les stades, dans les hôpitaux etc.  Pourquoi a-t-elle atteint ce degré de généralisation, sachant qu’elle constitue un handicape au progrès national et un facteur de déstabilisation sociale?
«Le colonialisme explique ce phénomène par un raisonnement erroné qui affirme que la violence est génétique chez l’Algérien.» Une thèse que réfute le docteur Bendif. «Nous sommes des êtres humains et non des monstres», soutient-il. S’appuyant sur ses études, ses recherches et son expérience en qualité de psychologue praticien, il essaie d’apporter sa part d’explication à cette problématique.
Dans son ouvrage il commence par établir la différence épistémologique  entre l’agressivité et la violence, car les gens,  dit-il, les utilisent d’une manière interchangeable. L’agressivité, souligne Bendif, est un facteur instinctif naturel qui existe chez tous les êtres vivants,  qui sert à réguler les grands équilibres naturels. Elle devient violence lorsqu’elle dépasse ses limites et s’exerce en infraction des lois.
C’est ce phénomène d’infraction que tente de cerner l’auteur dans son ouvrage et d’en déduire les causes.  Celles-ci, explique-t-il sont en partie dues au ratage de l’éducation à la maîtrise et à la socialisation et l’humanisation de l’agressivité. Au-delà de l’analyse psychologique, Bendif précise que le problème de gestion et de construction de la société et de l’État incombe en partie à l’école qui, dit-il, «est en crise et forme un citoyen incohérent». D’autre part il explique que la société à perverti la religion pour en faire un outil de violence en s’éloignant des véritables concepts de l’islam basé sur la foi. La crise identitaire peut également être un des facteurs qui engendrent la violence, explique Bendif. Il évoque aussi dans son ouvrage ce qu’il dénomme par «Personnalité multiphasique» qui détruit le sentiment d’appartenance nationale. «L’algérien d’aujourd’hui a plusieurs référents et utilise dans son comportement le référent qui l’arrange le plus.» Il est nécessaire, précise l’auteur de diagnostiquer ce mal et identifier la responsabilité de chacun.
Né le 17 mars 1953 à Skikda, Allaoua Bendif est docteur en psychologie clinique, diplômé de l’université de Constantine, puis de Lille en France. Enseignant universitaire (entre 1981 et 2018)à la retraite, il est adepte d’une psychologie d’implication dans les processus psychosociaux et institutionnels d’une Algérie en mutation intense et par certain aspects, violente. Il est aussi psychologue praticien et a exercé en situation d’urgence (Prise en charge de victimes d’accidents industriels et de violence terroriste), il a été, entre 1995 et 1998, directeur de l’Ecole nationale d’enseignement technique de Skikda (Enset) qu’il a mené au statut de centre universitaire.
Hakim Metref
Violences algériennes (Tome II).  Construction de la société et de l’État nation et violence des Algériens.
Édition Trésors de Jugurtha 2022
Prix 1200 DA