Virée dans plusieurs lieux historiques à Alger : Mémoire en marche

L’histoire à portée de main. Des livrets sur le combat libérateur des vaillants moudjahidine et chouhada de la guerre de libération nationale sont distribués aux citoyens, lors d’une virée sur plusieurs sites historiques à Alger.

Cette opération, première du genre, est organisée par le Musée national du moudjahid sous l’égide du ministre des Moudjahidine et des Ayants droit et l’Association des anciens Scouts musulmans algériens. L’occasion : la commémoration du 77e anniversaire des massacres du 8 mai 1945, un des principaux tournants dans l’histoire de l’Algérie et un témoin des crimes coloniaux odieux. «Cette initiative vise d’abord à rapprocher le citoyen de son histoire et commémorer des dates historiques telles l’apparition, pour la première fois, du drapeau algérien le 1er mai 1945, la création de l’association des oulémas le 5 mai 1931, les massacres du 8 mai 1945, la Journée nationale de la mémoire le 8 mai, la création de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), l’hommage aux Algériens déportés, l’assassinat des dockers par l’OAS, sans oublier une halte-mémoire autour des amis de la révolution comme Maurice Audin. Nous comptons organiser, à la moitié du mois en cours, un séminaire international sur les amis de la révolution», annonce pour Horizons, le directeur du Musée national du moudjahid, Mourad Ouznadji. De son côté, Anis Illoul, chargé de communication aux Anciens scouts musulmans algériens, affirme que cette «cette action s’inscrit dans le cadre du projet de la mémoire de proximité que nous menons. Dans ce cadre, nous intégrons et impliquons la jeunesse algérienne dans l’histoire».
De la proximité
Selon l’universitaire Mohamed Oukaci, rencontré au boulevard des Martyrs, «si le 8 mai 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, cette date est aussi importante pour l’Algérie car dans les villes de Sétif, Guelma et Kherrata, plusieurs milliers d’Algériens ont perdu la vie, victimes de la répression française».
Il est 10h35, de jeunes scouts, filles et garçons, entament le parcours. Du musée national du moudjahid au domicile d’Elias Derriche à El Madania (Clos-Salembier), lieu de la préparation de la réunion du Groupe historique des 22, tenue le 24 juin 1954. À cet effet, Anis Illoul rappelle que les scouts ont également beaucoup donné avant et durant la guerre de libération nationale. Il ajoute que de jeunes membres avaient été mobilisés pour épier les moindres mouvements de la police coloniale au niveau de plusieurs endroits et quartiers de la capitale. Djafar Derriche, fils du regretté Elias, confie : «Didouche Mourad faisait beaucoup confiance à mon père qui était un homme très discret, et qui a été formé dans les rangs des Scouts et de l’Organisation secrète (OS)». Didouche Mourad avait créé en 1947 le premier groupe des Scouts El Amal à la Redoute, El Mouradia aujourd’hui, un groupe présidé par Debbih Cherif, dont l’adjoint était Elias Derriche.
La marche se poursuit vers Al-Dhakira TV, une chaîne thématique consacrée à l’histoire et à la mémoire. Brahim Ben Abderrahmane, petit fils de Cheikh Amoud, évoque succinctement le parcours du chef de la résistance populaire contre le colonisateur français dans le grand Sahara, Cheikh Amoud Ben El Mokhtar.
Halte historique
Le drapeau national en main, le groupe se dirige vers la place Maurice Audin et l’Université d’Alger Benyoucef Benkhedda. Une autre halte s’impose à la place du Chahid Boudjemaâ Hemmar où est réalisée une fresque murale, à la mémoire des Algériens déportés par l’occupation française dans des contrées lointaines. Dernière étape, le siège de l’Association des Anciens scouts musulmans algériens, à la rue Mohamed Bouras, Casbah. Casquettes  et bob, des scouts en groupes entonnent  des chants patriotiques, dans une atmosphère imprégnée de sentiments de gratitude et de loyauté envers les martyrs du 8 mai 1945. «On célèbre cette date historique en marchant, on sensibilise aussi la population sur cette importante date pour que nul n’oublie», dixit la jeune scout Nada Baghour. Livrets d’histoire et pins aux couleurs de l’emblème national sont offerts aux citoyens. Une manière de les faire participer à cette commémoration inédite. Une démarche appréciée et qui«sort de l’ordinaire», confie un septuagénaire.
A la place Maurice Audin, de jeunes curieux s’empressent de s’informer auprès des scouts, heureux de recevoir les manuels «Hat zouj el khouya» (passe moi un deuxième livret pour mon frère), lance un jeune garçon qui admet avoir un penchant pour l’histoire. Durant toute cette marche, Ouznadji réussit à capter l’attention en racontant différentes étapes de l’histoire à chaque lieu visité.  L’assistance trouve l’idée originale «Tout  en marchant, on apprend», témoigne un jeune scout.
Curiosité et émotion imprègnent cette initiative. Les Algérois découvrent agréablement  une autre manière d’appréhender l’histoire. Moments immortalisés par d’interminables prises de photos et de vidéos. «C’est l’histoire qui vient vers nous», s’exclame un jeune.
Reportage de Samira Sidhoum