Visite de Mario Draghi à Alger : Rome à la recherche d’une position privilégiée

L’embellie  diplomatique dans les relations algéro-italiennes se confirme avec la visite du Premier ministre italien. La visite de Mario Draghi, arrivé ce lundi à Alger, intervient, dans un contexte de crise russo-ukrainien et de sanctions draconiennes contre Moscou.

Outre la hausse des prix du gaz et du pétrole à laquelle est confrontée l’Europe depuis le début du conflit, le risque d’une rupture de l’énergie russe, premier fournisseur de l’Europe, avec 35% du pétrole, 30% du charbon et 33% du gaz est grandement perturbatrice. Cela laisse supposer que l’approvisionnement en gaz, à travers le gazoduc Transmed qui relie l’Algérie à l’Italie à travers la Tunisie, sera sans nul doute à l’ordre du jour de la rencontre de Draghi avec les responsables algériens. «Pour l’Italie, l’Algérie est devenue un pays stratégique : un tiers du gaz utilisé par l’Italie vient d’ici. Plus de 200 entreprises italiennes ont réalisé des travaux d’infrastructure. Nous sommes présents dans le secteur agroalimentaire. C’est une relation complète à 360 degrés», a déclaré récemment l’ambassadeur italien à Alger. «Les liens entre l’Algérie et l’Italie sont très profonds, comme en témoigne la visite du président Sergio Mattarella, en novembre dernier», a ajouté Giovanni Pugliese. L’Italie qui a réitéré sa confiance quand à la fiabilité de l’Algérie comme partenaire économique et qui ne cesse d’exprimer sa volonté de renforcer la coopération bilatérale avec le premier partenaire commercial de l’Italie en Afrique.
Rome souhaite, par ailleurs, qu’une place de choix soit réservée aux entreprises italiennes dans le cadre des réformes économiques lancées par l’Algérie. Les convergences de vues sur les questions économiques, régionales et internationales viennent consolider la coopération historique qui lie les deux pays.
Le rôle pivot
Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, avait, lui-même, affirmé qu’entre Alger et Rome il y a «une histoire commune qui s’est développée pendant la guerre de libération grâce à Enrico Mattei». «C’est une relation organique qui ne se limite pas à un secteur précis», a-t-il  déclaré. Tout compte fait, le voyage de Draghi à Alger demeure une décision géostratégique savamment mesurée dans un contexte géopolitique très tendu. Elle marque, également, «l’importance que donne Rome à son voisin du Sud, d’autant plus qu’Alger entend bien jouer son rôle pivot dans le continent et dans le bassin méditerranéen», explique  Abdelkader Soufi, docteur et chercheur dans les questions stratégiques et sécuritaires à l’université d’Alger. Et ce grâce, souligne-t-il, «à la bonne position de la diplomatie algérienne mise en avant par le président de la République depuis son investiture». Pour lui, «l’Algérie aspire à être une puissance émergente qui a sa place dans le nouvel ordre mondial après notamment les changements géopolitiques et géostratégiques dans les relations internationales».
Selon lui, «la crise ukrainienne a accéléré la redistribution des forces à travers le monde qui traverse une période transitoire passant d’un monde unipolaire à un monde multipolaire. On assiste ainsi à l’émergence de la Russie et de la Chine». La visite du Premier ministre italien intervient dans un contexte, renchérit-il, «de géo-énergie très perturbé alors que la sécurité énergétique européenne demeure un point fondamental pour l’Italie et les autres pays». Il fait ainsi remarquer que «l’importance de qui va combler le déficit que pourrait générer la Russie est au centre de tous les débats». Et de poursuivre : «La question qui se pose et s’impose est celle de savoir si l’Algérie est en mesure de jouer ce rôle et peut-elle, par ailleurs, céder à la pression exercée sur elle par certains pays occidentaux pour tenter de faire relancer le gazoduc Medgaz ?»
Pour le politologue, «ce ballet diplomatique traduit les enjeux futurs de ce dossier et l’importance de voir l’Algérie jouer un rôle par rapport à des stratégies négociées». Et de conclure : « Alger tient à ses principes dans un cadre unilatéral ou bilatéral notamment en terme de partenariats signés en matière d’énergie mais aussi dans un cadre multilatéral puisqu’elle fait partie de l’organisation Opep et plus.»
Assia Boucetta