«Winnie Mandela, le mythe et la réalité» de Benaouda Lebdai : La mère de la nation Arc-en-Ciel

Icône de la lutte contre le système de l’apartheid, militante infatigable des droits des femmes, Winnie Mandela revient sur la scène par l’entremise de son biographe, le professeur des universités et spécialiste de la littérature africaine, Benaouda Lebdai.  «Winnie Mandela, le mythe et la réalité», publié en 2018 par les éditions Casbah retrace la vie et le parcours d’une femme engagée, courageuse, sans pour autant occulter ses côtés sombres.
Pourquoi avez-vous consacré une biographie à Winnie Mandela?
De par ma spécialité et mes nombreuses lectures et recherches autour de Nelson Mandela et son entourage proche et la question politique anti-apartheid après 1994, j’ai conclu qu’il existait une défaillance dans les informations qui remontent. Je me suis intéressé à Winnie Mandela, sur laquelle j’ai lu  des articles de presse à charge. Dans mon  livre, j’ai voulu lui rendre justice en mettant en lumière une militante farouche qui a tant donné à son pays et à ses concitoyens. Ma démarche consiste à évoquer cette grande dame sans l’associer à son époux.
Pouvez-vous faire un portrait de la petite fille qu’était Winnie ?
Son père était instituteur et sa mère une fervente croyante. Leur situation sociale par rapport à d’autres familles était meilleure. Winnie avait toute l’attention de son père qui l’encourageait à s’instruire. Pour sa mère, elle aurait voulu avoir un garçon, ce qui a marqué à jamais la petite Winnie. Elle faisait tout pour plaire à sa maman et avoir son affection. Très jeune, elle a pris conscience de sa condition de fille non désirée et de celle de toutes les femmes sud-africaines. Par conséquent, elle s’est engagée dans la lutte pour les droits des femmes et l’amélioration de leur statut social. Elle disait: «Les femmes sud-africaines subissent deux discriminations ou violences, celle de l’apartheid et celle des hommes».
Winnie Mandela a été la première infirmière noire qui a exercé dans un hôpital dédié aux Blancs à Johannesburg. Plus tard, elle a été assistante sociale…
Cela prouve si besoin sa détermination et son courage à aller de l’avant et à ne pas accepter son destin dans un système discriminatoire et raciste. Elle s’est imposée dans son école comme une femme noire qui a réussi ses études. Etant une assistante sociale, elle s’est consacrée aux femmes noires de condition pauvre qu’elle aidait avec ses propres moyens.
Pour un peu de romantisme, comment a commencé son histoire avec Nelson Mandela ?
Comme toutes les histoires d’amour, c’était un pur hasard. En passant en voiture, Mandela a remarqué cette belle jeune fille qui attendait le bus. Plus tard, ils se sont rencontrés dans une épicerie. Et c’est le début de leur histoire. A l’époque, Mandela était en instance de divorce de sa première femme qui lui exigeait d’abandonner ses engagements politiques et de s’occuper un peu plus de sa famille. Ce qu’elle n’a pas obtenu de lui du moment qu’il  a opté pour la lutte.
Winnie a été accusée d’infidélité et a divorcé de Mandela. Pouvez-vous en parler ?
Winnie, durant les 25 ans de détention de Mandela, a été persécutée, torturée, violée, emprisonnée. Sa force de caractère, la souffrance de son peuple ne lui permettaient  pas de faire des compromis avec quiconque. «Dans ce sens, elle confiait que «sa maison était devenue le commissariat de Soweto». Contrairement à son époux  obligé de trouver un consensus avec les Blancs qui sont des Sud-Africains. Pour son divorce, Mandela a été influencé et conseillé par ses proches collaborateurs de  quitter sa femme qui avait une relation avec l’un de ses gardes.
Dans le dernier chapitre, vous établissez un lien entre la vie de Winnie et celle de Djamila Bouhired… 
Lors de mes recherches, j’ai pu avoir des contacts avec Winnie, qui a exprimé sa fascination pour nos moudjahidat. A ce titre, j’ai fait un peu le parallèle connaissant le parcours des deux dames.
Entretien réalisé par Karima Dehiles