Ya Hedjenjen ya Mejenjen : L’Algérie en fils et en femmes

Le vernissage de l’exposition Ya Hedjenjen ya Mejenjen s’est déroulé, samedi, au niveau de la nouvelle galerie d’art Hang’Art Gardencity.

Célébrant le mois du patrimoine, l’exposition met en valeur deux arts complémentaires et qui finissent par fusionner. Il s’agit du tissage ainsi que de la peinture sur toile. Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par des odeurs d’encens et une boukala lui est offerte en signe de bon présage. Son regard est automatiquement attiré par deux œuvres trônant en maîtresse des lieux, réalisées par chacune des deux artistes à l’honneur, jusqu’au 4 mai. Une installation artistique d’un tapis réalisé par l’artisane Ikram de Inassij home ainsi qu’un tableau mettant en scène Ikram entrain de tisser ce tapis, peint par l’artiste plasticienne Fazi Bouaouni. Les deux artistes tiennent à travers leur travail à mettre en valeur le patrimoine et l’histoire de l’Algérie, chacune à sa manière.
Ikram s’y attelle en tissant des fils de laine de façon ancestrale pour créer des tapis originaux et uniques, à forte symbolique. Quand Fazi rend hommage aux femmes de l’ombre ayant réussi à transmettre leur savoir et à préserver la culture de génération en génération.
Ikram a d’ailleurs débuté son métier, se rappelle-t-elle, «suite à un manque dans ma vie». Un manque qui se faisait ressentir tant au niveau de la décoration intérieure de sa maison à laquelle il manquait des tapis que du point de vue personnel, étant passée par des périodes difficiles. C’est ainsi qu’elle se lance dans le tissage et y trouve un moyen de s’exprimer, de rêver et de faire sa catharsis. Elle se confie à ses fils de laine qu’elle met en boule, tord et noue de telle manière à communiquer avec les autres. Elle symbolise ainsi un œil qui pleure et un palmier.
Gardiennes du patrimoine
C’est sa façon, explique-t-elle, de préserver le legs du patrimoine des femmes du Sud à travers le temps mais aussi de raconter sa propre histoire. Ses œuvres sont accompagnées de quelques mots, de poèmes, expliquant la démarche artistique et l’histoire cachée derrière chacune d’elles. Ce sont des tapis berbères contemporains mêlant histoire et modernité et se fondant bien dans le décor des intérieurs de nos jours. Fazi expose plusieurs toiles de différents formats, de couleurs et de formes variées, représentant toutes des femmes. Celles-ci sont son sujet de prédilection et elles sont représentées portant des habits traditionnels des différentes régions du pays. Ceci afin de mettre en valeur la diversité de culture et de patrimoine dont peut s’enorgueillir l’Algérie. Qu’elles soient d’aujourd’hui ou aient vécu il y a des siècles de cela, les femmes ont toujours le même rôle à ses yeux.  «Celui de transmettre le patrimoine», estime l’artiste plasticienne.
Ces femmes sont souvent dans l’ombre, et l’artiste a décidé de les mettre en lumière car elles sont les gardiennes des traditions et de la transmission de l’héritage culturel algérien.
Sarra Chaoui