Zohra Aoudia, auteure «L’écriture en tamazight est un choix» 

Dans le paysage littéraire amazigh, la gent féminine est omniprésente.  Mme Zohra Aoudia, jeune romancière, est l’exemple d’une femme engagée dans l’écriture. Elle a fait le choix d’écrire dans sa langue maternelle qu’est le kabyle. Elle vient de faire ses premiers pas dans le monde romanesque, en signant son premier roman, intitulé «Tiziri», paru aux éditions Achab. Née en 1982 à Aïn El Hammam (Tizi Ouzou), elle est titulaire d’un master en langue et culture amazighs délivré par l’Université Mouloud-Mammeri. Enseignante depuis 2016 au lycée Abane-Ramdane de Tizi Ouzou, elle a choisi d’écrire sur des sujets tabous, comme l’inceste, le viol, la pédophilie, les enfants nés hors mariage et les grossesses non désirées. L’écrivain, pour cette jeune romancière pleine d’ambition, est le miroir de la société. Elle, elle veut changer le regard de la société sur la femme. «Il faut crever l’abcès.  Nous devons écrire sur ce que nous vivons quotidiennement, il faut casser les tabous et écrire sur les sujets que la société ne veut pas aborder», dit-elle. Au passage, notre interlocutrice fait savoir que son premier roman a connu un réel succès puisque tous les exemplaires sont vendus. Pour Mme Aoudia, les femmes qui traversent des moments difficiles n’ont pas le droit de désespérer. Elles doivent prendre leur destin en main en affrontant la vie et faire face à ses aléas. «J’ai choisi d’écrire dans ma langue maternelle pour dire et dénoncer des injustices, les inégalités et le désarroi. En plus de laisser une trace écrite, le choix de ma langue permet de passer de l’oralité à l’écrit, ce qui permettra à notre langue d’évoluer et de passer au statut d’une langue vivante, loin de la mentalité du folklore. Grâce aux écrits, la langue amazigh demeurera toujours en vie, immortelle et éternelle.» Préoccupée par la condition de la femme, elle traite des sujets tabous, parfois incompréhensibles, mais nécessaires pour avancer. «Je suis née dans une société qui vénère le sexe masculin, la condition de la femme fait partie de mon combat. C’est la raison pour laquelle, dans mon premier roman, je raconte l’histoire d’une fille qui raconte son histoire avant même sa naissance. Elle dénonce la discrimination, la violence, la trahison, le suicide, les agressions sexuelles que beaucoup de femmes subissent dans notre société. Elles souffrent en silence.

« Je n’ai pas de rêve, mais j’ai des objectifs que je vise à réaliser avec succès. Durant mon chemin si je tombe septe fois, je me relève la huitième fois et je continuerai d’avance ».

, résume-t-elle son combat. Tous ces sujets sont nécessaires pour aller de l’avant et corriger les erreurs. » Tadist Yettwaneεlen ». Grosse maudite ).  est le titre de son deuxième qui paraîtra aux éditions Achab.  Le roman parlera aussi de ce que les femmes subissent quotidiennement. Derrière cette plume fine, fluide et puissante, se cache une jeune auteure engagée d’abord dans la lutte contre la discrimination à l’encontre des femmes et ensuite mobilisée parmi d’autres écrivains ayant choisi d’écrire dans leur langue maternelle. Affronter la société n’est pas chose facile, mais Mme Aoudia vit avec l’espoir qu’un jour la femme algérienne aura tous ses droits.
 S. B.