Zone africaine de libre échange : Ambitions légitimes et contraintes objectives

Parmi les thèmes débattus lors des travaux du 17e Sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) sur l’industrialisation et la diversification économique en Afrique, figuraient la redynamisation de l’accord de la Zone de libre-échange continentale africaine, l’industrialisation, le pouvoir fiscal des gouvernements et la création d’emplois.
Les observateurs s’accordent toutefois à dire que le continent regorge de richesses naturelles et énergétiques, et qu’il suffit d’un changement dans la structure des économies pour assurer au continent un développement industriel inclusif et durable. De l’avis de Bachir Chaïb, enseignant en sciences politiques à l’Université de Skikda, «les communautés économiques africaines (CEA) existent et ont toutes pour but de faciliter l’intégration économique régionale entre les membres de chacune des régions». Le spécialiste des questions étrangères cite, entre autres, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe, la Communauté des Etats sahélo-sahariens, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale et la Communauté de développement de l’Afrique australe.
«Ces groupements n’ont, toutefois, pas eu un écho économique positif, car le domaine politique et sécuritaire continue de prendre le dessus», explique-t-il, soulignant que «l’Afrique n’a pas réussi, jusque-là, à former des communautés économiques régionales efficaces basées sur la bonne gouvernance et des transformations économiques, techniques et sociales qui viennent accompagner la croissance de la production». Pour lui, ces groupements sont en quête d’un rôle effectif pour réduire l’écart qui existe entre leurs objectifs et les fonctions qu’elles remplissent sur le terrain. «Leurs résultats restent faibles par rapport aux réalisations des groupements économiques régionaux sur d’autres continents», glisse-t-il.
Selon l’expert, l’UA a un grand rôle à jouer. C’est à elle d’orienter la politique africaine et d’établir une stratégie de développement selon les besoins du continent. «Une telle opération ne peut se réaliser qu’en suivant un certain nombre d’étapes, à commencer par le besoin d’asseoir une indépendance qui reste fictive dans de nombreux pays d’Afrique», lance le politologue. Il en veut pour preuve «le rapport de la Banque mondiale qui parle d’environ une trentaine de pays classés parmi les plus pauvres au monde ». Autrement dit, 490 millions de personnes en Afrique vivent sous le seuil de pauvreté. En 2022, l’Afrique n’a représenté, d’ailleurs, que 3% du PIB mondial, d’où la difficulté de parler aujourd’hui de développement et d’industrialisation». Chaïb reconnaît d’ailleurs que «les CEA n’ont pas atteint les objectifs escomptés, puisque la plupart des pays membres continuent à vivre dans la pauvreté et dans un état d’instabilité».
Plaidoyer pour une industrie numérique
La solution pourrait venir, soutient-il, «d’accords de partenariat efficaces qui peuvent être signés avec notamment la Chine qui demeure un candidat potentiel à même de renforcer la coopération interafricaine et améliorer les performances des communautés économiques existantes». A cet égard, il estime nécessaire «de revoir les priorités de l’Afrique et d’établir une feuille de route économique et politique capable d’engager un processus de nationalisation des richesses, dont beaucoup continuent à être spoliées par les grandes puissances».
Nabil Djemaâ, économiste et expert financier, affirme, pour sa part, que pour «renouveler les engagements en faveur d’une diversification économique inclusives et durables, il est impératif de trouver les ressources financières nécessaires à une coopération interafricaine».
Assia Boucetta