Zones rocheuses à Tipasa : Le chant des sirènes

L’été rayonne déjà sur la côte de Tipasa. Ses plages invitent au farniente ses amoureux qui fuient l’humidité étouffante des villes. Depuis la RN11, on aperçoit des parasols, certes moins nombreux qu’en juillet, le long des rivages, alors que des baigneurs s’aventurent dans une mer paisible, sous l’œil attentif des surveillants de plage. Des séquences estivales qui égayent le début de ce mois de juin.

Si pour la majorité des estivants, qui optent pour le littoral de Tipasa, se rendent sur les plages surveillées pour communier avec la grande bleue, d’autres préfèrent s’isoler dans les zones rocheuses qui jalonnent la côte. Des sites pareils, pourtant interdits à la baignade, sont pris d’assaut en dépit des risques qu’ils représentent. En quittant la ville de Chenoua et sa mythique plage éponyme vers El Beldj, les usagers de la route sont accueillis par une corniche qui domine la mer sur plusieurs encablures. Au détour de ses multiples virages, on débouche sur Kouchet El Djir (four à chaux), une zone rocheuse à quelques jets de pierre de la petite plage Caroubier. Kouchet El Djir est une zone rocheuse interdite à la baignade, mais qui attire de nombreux estivants de la wilaya de Tipasa et des régions limitrophes. On y vient tôt le matin pour des oursinades ou piquer une tête dans une eau limpide. Elle est réputée pour son rocher Banana qui fait le bonheur des jeunes baigneurs et des mordus de la pêche à la ligne qui envahissent le site très tôt le matin. Paysage féérique soit-il, dans ce site interdit à la baignade, se dressent des pièges extrêmement dangereux. En effet, des roches à fleur de l’eau, dont l’extrémité en forme de lame, peuvent être fatales à la moindre inattention des nageurs. Même pour les expérimentés, le danger est permanent, notamment quand la mer se déchaîne. En ce 6 juin, Kouchet El Djir est étrangement vide. L’accès au petit parking est fermé à l’aide d’une barrière. Mis à part quelques véhicules stationnés aux abords du chemin de wilaya de la corniche, aucun estivant ne s’y aventure. Toutefois, à quelques dizaines de mètres plus haut, plusieurs voitures immatriculées à Tipasa, Alger, Médéa, Blida et Aïn Defla sont stationnées à même la corniche, d’où on peut remarquer en contrebas des jeunes qui plongent d’un rocher. En ce début d’après-midi, l’eau semble encore fraîche. «C’est notre petit coin. On vient ici pour passer du bon temps, loin du brouhaha des plages», confie l’un d’eux. Sur le prolongement du rocher, des pêcheurs à la ligne attendent patiemment qu’une girelle ou un sar soit ferré. De l’autre côté, une famille se protège des rayons du soleil sous un parasol à peine visible d’entre les rochers. Pour le père de cette famille, il n’est pas question que ses enfants ou lui nagent ici. «Juste le temps de prendre notre repas et de piquer une sieste avant de retourner à la plage Caroubier », explique-t-il. La côte de Tipasa renferme énormément de zones rocheuses fréquentées annuellement par les estivants, souvent par la gent masculine.
Clarté de l’eau et tranquillité
Une habitude qui ne date pas d’hier. Les raisons de cet engouement sont diverses selon les avis collectés. «Dans les zones rocheuses, l’eau de mer est très claire et on ne risque pas d’être importuné par les enfants. Entre amis, on peut organiser des grillages, chose qu’on ne peut pas faire sur une plage», souligne un habitué de ces lieux. Quand bien même les avantages qu’offrent les zones rocheuses sont d’apparence alléchants, il n’en demeure pas moins que le risque est omniprésent. A ce propos, les statistiques de la Protection civile à Tipasa font ressortir qu’à chaque été, la majorité des cas de décès par noyade sont recensés dans des sites interdits à la baignade. «Pour cet été, 48 plages sont autorisées à la baignade à Tipasa. Toutes sont équipées d’un poste de la Protection civile et d’un dispositif qui veille sur la vie des estivants», souligne le lieutenant Mohamed Michalikh, chargé de communication de la direction de la Protection civile à Tipasa. Et d’ajouter : «La nature de la côte de Tipasa est en majorité constituée de zones rocheuses qui représentent énormément de risques pour les baigneurs, à commencer par la présence de rochers qu’on ne voit pas souvent. Aussi, ces endroits sont dépourvus de surveillance». Ce dernier invite les baigneurs à éviter les zones rocheuses qui représentent un risque pour leur leur vie.
Amirouche Lebbal